Des sous, des signes et des hommes.

J. Jégu 12/09/2009

A. Le fait monétaire.

On ne trouve pas de définition simple de la monnaie. On indique traditionnellement ses trois fonctions : mesure de valeur, moyen d’échange et réserve de valeur …. C’est un peu court. Qu’est-ce qui fait une monnaie ? D’où vient-elle ? Sur quoi se base la confiance dans une monnaie ? Toutes les cultures humaines connaissent-elles la monnaie ? Depuis quand ?

L’influence des monnaies dans l’histoire est-elle appréciée à sa juste mesure ?

Les sociétés primitives ont pratiqué le troc, la coutume des dons réciproques. La décrue des prédations violentes constitua un progrès considérable. Dans les sociétés antiques, des biens plus aisément échangeables ont servi d’intermédiaires de troc; ce fut l’embryon des échanges monétaires. Le bétail joua parfois ce rôle et son nom latin, pecus, a laissé une trace dans notre adjectif « pécunier ».

Vint le temps où les métaux précieux, or et argent, ont été ce bien intermédiaire doté d’une valeur intrinsèque et ont joué le rôle de monnaie. La bonne qualité et le poids des lingots en circulation furent bientôt certifiés en quelque sorte par les autorités politiques qui y firent apposer leur effigie. Elles y marquèrent en outre un nombre indiquant le poids ou plus exactement la valeur. Ici encore le latin « numerus » , pour nombre, a laissé sa trace dans notre « numéraire »,

Apparaissent ensuite, les lettres de change, les reçus de dépôt de monnaie métallique en banque , qui allaient donner naissance à nos « billets de banques ». L’usage de ceux-ci, en parallèle et en lieu et place de la monnaie métallique, a donné lieu à la mise en place de banques centrales puis à la généralisation des comptes et des chèques. Faut-il évoquer les virements, TIP, cartes bleues et autres Monéo … Autant de sous et de signes en circulation parmi les hommes.

Mais l’histoire n’est pas finie. Il faut prendre conscience del’existence de diverses devises , de leur valeurs relatives fluctuantes, de masses monétaires de diverse nature : les monnaies centrales et les monnaies bancaires, d’ agrégats monétaires (M1, M2, M3) rassemblant étrangement des réalités hétéroclites … Si vous allez jusqu’au monde de la finance proprement dit, au delà des obligations ou actions, vous rencontrerez des sigles obscurs, le plus souvent anglais et non traduits comme les CDO , les CDS ou les ABS ( respectivement « Collateralized Debt Obligations « , « Credit-Default Swap » et « Asset-Backed Securities« ). Partant du fait monétaire, l’inventivité financière est sans limite.

B. La monnaie, fait humain.

Des espèces animales    ont leur habitat, leurs habitudes alimentaires, leurs sociétés  plus ou moins organisées,  leur communication au moins rudimentaire entre individus … mais, en dehors de l’homme, personne ne se soucie de religion ni n’use de monnaie. Le fait monétaire comparable en importance au fait religieux ? L’hypothèse n’est pas si absurde.

Un système monétaire ou des systèmes monétaires ? Bien que les pratiques actuelles semblent répandues sur l’ensemble du monde, des différences persistent. Quoiqu’il en soit, cherchons à identifier des processus communs, cherchons des clefs pour comprendre.

Le concept de valeur est au coeur des échanges, qu’ils soient monétaires ou par troc. La valeur est subjective. L’acheteur doit se faire une idée de ce qu’il est prêt à payer et de ce que le vendeur est susceptible d’accepter. Le vendeur se livre à l’estimation inverse. Il y a toujours une valeur pour moi et une valeur estimée pour l’autre ou les autres, l’une et l’autre variant selon les circonstances.

La monnaie est porteuse de valeur mais de manière indirecte. Elle ne sert ni à se nourrir ni à se loger ni à se distraire ; elle permet d’acquérir ce qu’il faut pour se nourrir, se loger ou se distraire. On dira que la monnaie est un symbole de valeur.

Le symbole, selon mon Petit Larousse, est « un signe figuratif qui représente un concept, qui en est l’image, l’emblème« . Le signe est lui-même « une représentation matérielle de quelque chose, ayant un caractère conventionnel ». En linguistique, l’analyse du signe conduit à la distinction entre « signifiant « et « signifié ». La monnaie ne pourrait-elle s’insérer, en quelque sorte, dans la linguistique humaine : la monnaie est un signe, c’est à dire un signifiant qui indique un signifié, éventuellement variable selon le contexte. En tant que signifiant, elle a une valeur conventionnelle représentative, en général, d’une valeur réelle – le signifié – qui est la véritable raison de son existence. Notons qu’un signe peut parfois renvoyer à un autre signe. ( cf. figure 1 : notion de signe ).

signe1

Figure 1 : notion de signe

L’espèce humaine s’adonne dans la monnaie, et plus encore dans la finance, à un empilement de signifiants et de signifiés : mon compte épargne signifie que je peux réapprovisionner mon compte chèques ; mon compte chèques signifie que je peux retirer des espèces, mon portefeuille garni signifie que je peux déjeuner au restaurant …

C. Les arcanes des systèmes monétaires.

Examinons le cas des pièces, des billets, et des comptes de dépôts en tant que symbole d’une valeur réelle.

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