Sophie Perchellet – Quand reviendra la crise.

« Jusqu’ici, personne ne peut dire avec la moindre certitude si nous avons en fait échappé à la perspective d’un effondrement économique global »
Rapport intitulé « scénario du pire cas de dette » (en anglais) , Société Générale fin 2009.

D’orfèvre à oligarque : hold-up sur la création monétaire

La crise a mis en exergue le fait que les marchés financiers ne sont plus connectés à l’économie réelle. Les capitaux sont ainsi déconnectés de la production. Les banques et institutions financières tirent des bénéfices substantiels des marchés des capitaux alors qu’ils ne participent à aucune réelle création de richesse mais ont comme leitmotiv de faire de l’argent avec de l’argent. Ainsi, la monnaie qui est à la base un outil d’échange basé sur une valeur légale s’est transformée en outil de profit déconnecté de toute valeur légale. Un rappel historique sur le système monétaire est nécessaire.

On distingue traditionnellement deux types de monnaies. La première, la monnaie fiduciaire désigne les pièces et les billets de banques. Anciennement rattachée à la valeur de l’or ou de l’argent, cette monnaie n’a aujourd’hui plus de valeur puisque le système de convertibilité en métaux précieux a été supprimé. Les Banques Centrales sont aujourd’hui les instituts d’émission de cette monnaie. Elles peuvent ainsi encadrer la masse monétaire fiduciaire en circulation.

La deuxième monnaie, la monnaie scripturale aussi appelée monnaie écrite ou monnaie bancaire est créée par les établissements financiers (comme les banques commerciales). Elle compose plus de 80% de la masse monétaire et, elle aussi elle ne possède aucune valeur intrinsèque puisqu’elle est le résultat d’un simple jeu d’écriture bancaire reposant ainsi sur la confiance. Cela signifie donc par exemple qu’il y a création de monnaie scripturale dès lors que des comptes en banques sont alimentés. Il y a trois façons de faire cela : soit par un dépôt en espèce (pièces et billets) c’est-à-dire par un dépôt réel ; soit par un virement ; soit par une ouverture de crédit. Dans tout les cas, cette somme est inscrite à la fois à l’actif et au passif de la banque. Cependant, dans le cas d’une ouverture de crédit, c’est aussi inscrit à l’actif de la banque (puisqu’elle considère que cette somme lui est due) sans qu’il n’y ait de dépôt réel. Ce pouvoir de création ex nihilo de monnaie est un des privilèges absolus des banques commerciales dont même l’Etat Français (à travers le Trésor public par exemple) ne peut plus se prévaloir suite à une décision que nous rappellerons ci-dessous datée de décembre 2001.

La limite à la création monétaire scripturale est quasi-nulle car elle dépend d’un système de coefficient de réserve de fonds propres. Cela signifie que la banque est obligée de garder en réserve un certain pourcentage du crédit ou dépôt. Mais cela veut aussi dire que la Banque peut se servir selon ses souhaits du montant représentant la différence entre l’obligation de réserve du montant du crédit ou dépôt.
Pour faire simple, si ce ratio est de 10%, cela signifie que pour une ouverture de crédit de 1 000e, la Banque A reçoit et garde 1000e, mais elle peut en plus prêter 900e puisque ces obligations en matière de fonds propres lui impose de ne « garder en caisse » que 10% du montant. Celui qui bénéficiera du prêt de 900e ira sûrement les déposer dans une banque B et dès lors, cette dernière pourra alors crée à son tour 900e – 90e d’obligation de fond propre soit 810e … Cela s’appelle l’effet multiplicateur du crédit.

Jusque dans les années 1970, chaque pays pouvait fixer son taux de réserves obligatoires. Puis l’activité des banques devenait de plus en plus internationale en 1974, le Comité de Bâle (issu de la Banque des Règlements Internationaux) imposa à plus de 100 pays un ratio international appelé Ration Cooke qu’il fixa à 8%.

Mais ce ratio est un maximum et il ne concerne pas toutes les opérations bancaires. Par exemple, en France les prêts d’une durée de moins de deux ans bénéficient d’un ratio de réserves obligatoires de 2% depuis début 2000. On comprend dès lors pourquoi les divers crédits à la consommation fleurissent depuis.

Donc non seulement les banques ont le pouvoir de créer de la monnaie à partir de rien grâce au crédit (les crédits font dépôts), mais en plus elles font leur de cet argent en le prêtant à de multiples reprises et en empochant des intérêts. Grâce à cette série mathématique, on s’aperçoit que le Ratio Cooke à un effet multiplicateur de 12,4%. Autrement dit, les banques peuvent prêter une somme qui ne leur appartient pas (le montant de l’ouverture de crédit initial) mais en plus elles peuvent le prêter plusieurs fois.

Pour résumer, la création monétaire est essentiellement le fait des banques commerciales ; la source principale de création monétaire est représentée par les crédits distribués par les banques. On peut donc qualifier notre modèle monétaire comme « économie de dette » ou encore « monnaie de dette » ou la principale contrainte réside dans « la continuité de l’endettement ». En fait, les banques peuvent prêter autant d’argent que l’on est capable d’en emprunter. Donc elles peuvent créer de l’argent tant que les crédits continuent.

En parallèle à ce privilège exclusif accordé aux banques commerciales et organismes de crédits, la grande dérégulation économique qui a touché la planète dans les années 1980-1990 consacre l’aboutissement de la main mise de la finance sur l’économie et le pouvoir politique. Cette révolution libérale préparée depuis des années dans les Thinks Tanks influents a dégagé de ses contraintes traditionnelles les banques.

Les oligarques financiers maîtres du nouvel ordre mondial

« Permettez-moi d’émettre et de contrôler les ressources monétaires d’un pays et je
me moque de celui qui écrit ses lois ».
Rothschild

En plus d’émettre et créer de l’argent, le coup d’éclat suivant fût de priver l’Etat de son droit régalien de battre la monnaie et d’encadrer le crédit …. Cela eu pour conséquence de forcer l’Etat à s’endetter en payant des taux d’intérêts et de le soumettre aux règles du Marché.

Le 15 août 1971, l’administration étasunienne de Richard Nixon décide de supprimer la libre convertibilité du dollar en or. Cela signifie que le dollar n’a plus d’équivalent en or (il n’est plus écrit « as good as gold » sur les billets). Alors qu’avant, on pouvait demander de l’or en échange du dollar, dorénavant celui-ci ne possède pas plus de valeur qu’un bout de papier. Les échanges internationaux étant effectués en dollar (depuis les accords de Bretton Woods en 1944), cela a évidemment une répercussion mondiale bien que la décision fût unilatérale. A l’initiative de cette décision le ministre du Budget George Shultz, qui sera ensuite secrétaire au Trésor entre 1972 et 1974 puis secrétaire d’Etat sous Ronald Reagan. Enseignant de la business school de l’Université de Chicago, laboratoire des « Chicago Boys », c’est une figure de l’Elite étasunienne.

Aux Etats-Unis, le tournant néolibéral s’est opéré dès les années 1980 avec l’accession de Ronald Reagan à la présidence qui sera conseillé par Milton Friedman. L’influence des Chicago Boys des Etats-Unis à la Grande Bretagne (ou Hayek sera le principal conseiller de Thatcher) provoquera une révolution sur toute la planète. Débutée au Chili grâce à « l’ami Pinochet », l’expérience néolibérale s’étendra durant les années 1980-1990 à la majorité des pays du monde notamment grâce au Plan d’Ajustement Structurel (PAS) du FMI et de la Banque Mondiale qui en seront les instigateurs dans les PED.

La Banque Fédérale Américaine (FED) dirigée par le néolibéral Paul Volcker (actuel directeur du conseil pour la reconstruction économique de Barack Obama) décida unilatéralement en 1979 d’augmenter fortement les taux d’intérêts afin d’attirer les capitaux aux Etats-Unis officiellement pour lutter contre l’inflation. L’équipe économique de Reagan mis alors en place une politique fiscale très favorable au Capital puisque le taux marginal le plus élevé de l’impôt fédéral sur le revenu des ménages, qui atteignait 90 % à l’époque de Kennedy, tombe à 31 %. C’est le début de la Grande Transformation

Les années 1998-1999 sont une nouvelle étape pour la dérégulation financière étasunienne et mondiale. L’équipe de l’équipe Clinton dont font partis Lawrence Summers, Robert Rubin, Timothy Geithner et Paul Volcker ont aboli le Glass-Steagall-Act de 1933. Le Congrès vote en 1999 le Gramm-Leach-Bliley-Act qui met en place des services de banques universelles, c’est-à-dire qui assurent aussi bien les services d’une banque de dépôt que d’une banque d’investissement et qu’une compagnie d’assurance. Cela donnera entre autre naissance au géant Citygroup.

Cette vague néolibérale s’étendra ensuite à la France. Déjà le 3 janvier 1973, la Banque de France abandonne son rôle de service public sous l’effet de la loi Pompidou – Giscard d’Estaing . Dans l’article 25, il est stipulé que « le Trésor public ne peut être présentateur de ses propres effets à l’escompte de la Banque de France « . En pratique, cela signifie que la République s’oblige à emprunter sur les marchés à obligation, contre taux d’intérêt. Cela revient à abdiquer la souveraineté monétaire et à abandonner la pratique du crédit productif public issu des Trentes Glorieuses.

Une vague de privatisation touche ensuite le secteur bancaire qui avait été nationalisé successivement en 1936 en 1945 puis en 1982. En 1987, le gouvernement Chirac privatise quelques grandes banques, dont la Société générale, le Crédit commercial de France, Suez et Paribas. L’année suivante, il mutualise la Caisse nationale de crédit agricole. Les privatisations sont gelées de 1988 à 1993, mais elles sont relancées par le traité de Maastricht (1992) qui impose l’indépendance de la Banque de France et la création de la monnaie commune. En outre, son article 104 stipule qu’ « il est interdit à la BCE et aux banques centrales des États membres, ci-après dénommées “banques centrales nationales”, d’accorder des découverts ou tout autre type de crédit aux institutions ou organes de la Communauté, aux administrations centrales, aux autorités régionales ou locales, aux autres autorités publiques, aux autres organismes ou entreprises publics des États membres; l’acquisition directe, auprès d’eux, par la BCE ou les banques centrales nationales, des instruments de leur dette est également interdite. »
Les privatisations touchent ensuite la BNP en 1993 et le Crédit lyonnais en 1999. Avec la privatisation de la Banque Hervet en 2001 et la cession en 2002 de 10% du capital du Crédit lyonnais restant détenu par l’État, ce mouvement de dénationalisation arrive à son terme. Enfin, le 31 décembre 2001, le Trésor Public supprime ses activités en matière d’épargne. Il ne peut plus ouvrir de comptes à des clients ce qui a pour impact direct de ne plus avoir le droit de fonctionner comme une banque c’est-à-dire de recevoir des dépôts et d’ouvrir des crédits. L’Etat est alors complètement privé de tout contrôle d’encadrement du crédit et se soumet lui-même aux règles du marché mondialisé.

Le privilège d’encadrer la monnaie et le crédit est abandonné aux mains de grands groupes bancaires agissant non pas dans l’intérêt général mais dans le sens des intérêts de ses gros actionnaires. La crise financière de 2008 a montré quelle importance le secteur privé accordait à l’intérêt général en mettant à la vue de tous les extravagances de l’industrie financière. L’Etat qui fût destitué de ses obligations régaliennes de « battre la monnaie » au profit des banquiers vole maintenant à leur secours en comblant les déficits crées par leur avidité. Cependant, il ne change pas les règles et les doctrines du « laissez faire » ou l’idéologie dominante de l’existence d’un secteur privé plus à même de gérer les relations financières et commerciales que les autorités publiques restent d’actualité. On ne peut pourtant être plus loin de la réalité.

Des gouvernements au service des oligarques

« Aux politiques économiques, Je suis la conjoncture »
Keny Arkana

Cependant, l’Etat dispose toujours d’un pouvoir qui lui permet de lever des ressources en passant directement par la population : c’est la fiscalité ! Ainsi, par le biais des divers impôts ou taxes, l’Etat peut accroître ou diminuer ses ressources. La politique fiscale possède donc une dimension financière. Mais elle a aussi une dimension politique. Dans le cas de l’impôt, les débiteurs sont la population et les entreprises. L’Etat impose donc qu’on lui reverse un certain montant chaque année. Celui-ci lui servira à couvrir en partie ses dépenses. Dépenses qui sont censées en partie revenir aux populations sous forme de biens et services ou sous forme financière par l’octroi de prestations sociales. Donc, selon qu’on choisisse de taxer fortement ou non telles ou telles catégories de la population, il est possible d’encadrer à la fois les orientations sociales dans le cadre de la population mais aussi l’activité économique concernant les entreprises. L’Etat peut donc réguler et décider en partie des orientations économiques et sociales grâce à la fiscalité.

Maintenant que l’on a rappelé « le pouvoir de la fiscalité », regardons ce que les gouvernements des pays industrialisés ont développé comme politique fiscale depuis les années 1980-1990. En parallèle aux privatisations des banques … et oui on se rappelle que les banquiers sont des gens dignes de confiance qui bien que guidé par leur intérêt personnel ont le droit de choisir s’il créer ou pas pour nous une monnaie sans valeur légale … les Etats des pays industrialisés ont dans la même période transformer peu à peu les règles de fiscalité en faveur de la rémunération du Capital ! Pourquoi ? Parce qu’il faut être rattaché à la mondialisation capitaliste et que le seul moyen pour sa est d’attirer les capitaux étrangers ce qui stimulera l’investissement. Toujours cette théorie libérale du monétariste « Docteur Friedman » qui revient sans cesse dans ces années principalement par l’intermédiaire du duo Reagan-Tatcher.

L’après Seconde Guerre mondiale fût marquée par la période des « Trente Glorieuses » pour les pays industrialisés. La grande transformation des années 1980 a imposé un nouveau modèle et s’en est suivi la période « des Trente Odieuses ».

Le patronat soutenu par les gouvernements a lancé une offensive contre le Travail. Leur but : abolir les acquis sociaux des Travailleurs arrachés par des luttes pendant la période précédente. Le taux de profit ([profit / capital investi] x100) devait être plus important. Autrement dit, les bénéfices dégagés par les entreprises devaient augmenter. Pour augmenter sa rentabilité la solution est toute trouvée. Dans ce marché mondial, les capitaux sont libres d’aller investir où ils veulent grâce à la financiarisation de l’économie et la libéralisation des échanges. Dans la logique, ils vont là où le climat sera le plus accueillant, soit là où le taux de profit sera le meilleur. Donc pour attirer ces capitaux ou les garder il faut rester compétitif. Ainsi, les politiques fiscales sont déterminantes pour influencer sur le taux de profit. En faisant des cadeaux fiscaux aux entreprises, en abaissant leurs charges et leurs taxes, les gouvernements veulent soit disant garder celles-ci sur leurs sols. Une autre solution est aussi de jouer sur le coût des Travailleurs. Réduire ses effectifs sous menace de délocalisation ou bloquer le niveau des salaires permet aux entreprises de « faire des économies » afin d’augmenter les bénéfices et non pas de combler des déficits. Dans les pays industrialisés, on observe depuis les années 1981-1982 une augmentation continue du taux de profit alors qu’à l’inverse, la part des salaires dans le PIB connaît une tendance baissière. Les pays industrialisés ont appliqué le même schéma à divers degré. Ainsi aux Etats-Unis, la part des salaires dans le PIB est passée d’un peu plus de 65% en 1982 à moins de 61% en 2008. Dans l’Europe des 15, la chute est plus importante passant d’environ 65% à 57% pour la même période. Les revenus empochés par les capitalistes augmentent.

Lorsque les entreprises augmentent leurs profits, elles disposent alors de deux choix : soit de l’investir soit de le redistribuer à ses actionnaires. On remarque les profits tendent de moins en moins à accroître le capital pour l’investir dans des biens matériels ou dans la création d’emplois mais servent plutôt à augmenter le capital financier des actionnaires qui bénéficient de la redistribution des bénéfices.

Les écarts de richesses se sont dès lors de plus en plus accentués durant cette période. C’est aux Etats-Unis que s’est particulièrement flagrant. Le 10% des plus riches aux Etats-Unis détenait 35% du revenu national en 1982 et ce chiffre atteint 50% en 2007. Concrètement, cela signifie que la part des revenus qui revient aux 10% des personnes les plus riches des Etats-Unis équivaut à 50% du total des revenus des Etats-Unis.

En résumé, le désengagement de l’Etat au profit de « l’oligarchie financière » s’illustre par plusieurs facteurs : l’abandon du privilège régalien d’encadrer la création de monnaie et le crédit corrélé à la création d’un climat accueillant pour le Capital par l’adoption de politiques fiscales favorisant celui-ci au détriment du Travail. Et ceci fût mis en place sous prétexte d’égalité entre les agents économiques et de libre concurrence avec toujours le même objectif : rémunérer le capital.

Sortir de la crise du capitalisme

« Il est appréciable que le peuple de cette nation ne comprenne rien au système bancaire et monétaire, car si tel était le cas, je pense que nous serions confrontés à une révolution avant demain matin. »
Henry Ford

Les gouvernements relayés par les économistes accrédités et les grands médias promettent dans de grands discours que « le pire est derrière nous », « le plus fort de la crise » est passé et « la reprise c’est pour 2010 ». Mais de quoi parle t-on, ou plutôt à qui s’adresse t-on ?

Jusque là, ce message semble s’adresser à « l’industrie financière » plus qu’à la population. Une crise financière est toujours l’expression d’une crise de confiance puisque la finance repose toujours sur la confiance. Ainsi, si la population n’a plus confiance en sa banque et qu’elle se précipite pour retirer son argent, la banque fait faillite puisque comme nous l’avons observé les montants prêtés par les banques sont maintes fois supérieurs à leurs fonds propres. Ou encore, si une banque ou un particulier fait des placements, c’est qu’ils ont confiance en son rendement. Dès lors que le rendement paraît moins sûr, on vend le placement.

Les grands shows médiatiques où se sont mis en scène de nombreux « acteurs de la gouvernance mondiale » ont restauré la confiance dans le système financier et économique mondial. Le mot d’ordre est : il faut sortir de la crise.
Mais de quelle crise parlent-ils ? Car le vrai sujet est là. Evidemment, ils désignent seulement la dimension financière de celle-ci. Il faut donc sortir « l’industrie financière » de la crise. Qu’ont fait les responsables politiques à part socialiser les conséquences des extravagances de « l’industrie financière » ? Un « capitalisme nouveau » a-t-il émergé de la crise ? Maintenant qu’ils sont tous favorables aux régulations, sommes nous mieux protéger contre les « inévitables » crises cycliques « naturelles » du système capitaliste ?

Les communiqués du G20 – porte parole autoproclamé de la gouvernance mondiale – avancent plusieurs « mesures » à prendre dont les deux phares ont pour ligne de mire les paradis fiscaux désignés comme non coopératifs et les bonus, modèle d’anomalie de profitabilité trop voyant. Le FMI relégitimé supervise la « reprise globale » et les fondements du système sont préservés. Tout semble rentrer dans l’ordre pour « l’industrie financière » pour qui les faux semblants de régulation légitiment la reprise des extravagances passées. La main mise de la finance sur l’économie n’est pas remise en cause et les « lois naturelles » des multiples marchés des capitaux (marché interbancaire, marché des changes, marché des actions, marché des obligations – primaire et secondaire -, marché hypothécaire, titrisation, produits dérivés …) restent au fondement du modèle économique mondial.

En remettant en route la machine capitaliste, la gouvernance mondiale et ses représentants (les gouvernements des pays industrialisés) ont simplement utilisé une bonne vieille méthode : transformer une dette privée en dette publique soit transférer la responsabilité des risques de « l’industrie financière » aux pouvoirs publics donc aux populations. Un transfert de responsabilité ne signifie en rien anéantir les risques ce qui sous entend que les problèmes sont toujours là seulement maintenant ce n’est plus au monde de la finance d’en supporter les risques mais aux gouvernements donc aux populations dont ils tirent leurs légitimités.

La victoire est double à court terme : les arnaqueurs sont sauvés et récompensés tandis que la machine capitaliste est relancé. Mais la victoire est bien plus importante à moyen et long terme. Car l’énorme coût de ces plans de relances, qui atteignent 2 300 Mds de dollars aux Etats-Unis et dans la zone Euro, va peser sur les finances publiques en augmentant de manière importante les dépenses de l’Etat, donc des contribuables.

Vers une crise de la dette publique …

Privé du pouvoir de créer et d’encadrer la monnaie et le crédit, l’Etat doit lui même se financer sur ce même marché des capitaux. Ayant pris à sa charge un montant considérable des pertes essuyées par les grandes banques, la dette publique explose.

Pour financer les déficits publics, les Etats disposent en général d’une institution tel le Trésor Public en France qui a pour attribution de gérer les comptes de l’Etat. Insérées dans la logique du marché des capitaux, elle émet des Bons du Trésor que des entreprises ou particuliers peuvent acquérir en échange de la garantie par l’Etat du remboursement de cette somme avec en plus des intérêts. C’est donc un des investissements les plus sûrs car la capacité de l’Etat à rembourser est en générale acquise. Et comme les banques et établissements financiers (fonds de pensions …) ont gardé le droit de créer de la monnaie scripturale, ils peuvent prêter à l’Etat. Donc si on réfléchit deux secondes, on remarque que grâce à ce modèle, l’Etat a apporter de l’argent frais aux banques en difficultés lors de la crise sans réelles contreparties financières ou droit de regard sur les pratiques bancaires. Celles-ci, une fois sortie de la crise peuvent donc prêter ce même argent à l’Etat par l’intermédiaire d’achat de Bons du Trésor et elles empochent dès lors des intérêts.

Autrement dit, l’Etat verse des intérêts à des banques ou des établissements financiers pour qu’elles rachètent des parties de la dette publique qui a fortement augmenter sous l’effet des plans de sauvetage de ces même banque. Dans cette logique, plus la dette publique augmente, plus les établissements financiers prêteront avec intérêts à l’Etat. Pour évaluer la capacité de l’Etat à rembourser donc la confiance à accorder à celui-ci, des agences de notations (aux mains d’acteurs privés) décident d’attribuer des notes aux Etats. En fonction de sa note, les intérêts augmentent ou non suivant si le risque paraît grand aux yeux des agences de notations. Dans cette logique, plus un Etat est endetté, plus il doit payer des intérêts sur les prêts que ces créanciers lui accordent.

En France tout comme aux Etats-Unis, la dette publique n’a eu de cesse d’augmenter depuis des années. En général, le budget de l’Etat est validé par les élus chaque année par l’adoption de la loi de finance pour la France par exemple. Ils votent alors le budget et la répartition des ressources. Peu à peu, ses revenus ont baissé car la base fiscale à été réduite (en offrant des cadeaux aux plus riches qui s’exonèrent de payer des impôts) et les entreprises nationales vendues aux secteurs privés. Parallèlement, les dépenses ne se réduisent pas spécialement (mais sont réorientées bien sûr). Le déficit ne résulte non pas de dépenses qualifiées d’excessives par le Président Sarkozy mais plutôt des différents allégements fiscaux fait discrètement au fil du temps au bénéfice des plus riches. Chaque année, l’Etat doit combler ses déficits en empruntant sur les marchés financiers. Ces crédits vont alors s’inscrire dans le poids de la dette publique qui est gérée par le trésor Public et soumis à des intérêts qui viennent par un effet boule de neige augmenter le service de la dette (somme à rembourser plus les intérêts sur l’année N). C’est aussi ce que l’on appelle la spirale de l’endettement car plus il y a de déficit, plus la dette augmente et plus les intérêts perçus augmentent. Et comme les ressources allouées au service de la dette augmentent, forcement les ressources allouées aux autres secteurs (éducation, santé …) diminue. Pour l’année 2009, c’est le deuxième poste budgétaire de l’Etat Français juste derrière l’Education Nationale .

Avec la prise en charge des plans de sauvetage, la dette publique explose ce qui signifie que le service de la dette augmentera lui aussi au détriment des autres dépenses. L’effet boule de neige va alors s’intensifier en laissant planer le risque d’une prochaine crise de la dette publique qui paraît de moins en moins soutenable. Dans le système capitaliste, les pays rencontrant des difficultés quant à leurs finances publiques sont mis en relation avec le Fond Monétaire International (FMI). Habitué à intervenir dans les pays en développement (PED), cette institution financière internationale est chargée d’accorder des crédits aux pays qui rencontre des difficultés pour rembourser leurs créanciers. Elle impose des mesures de rigueur budgétaire en échange de l’octroi d’un crédit qui permet aux pays de rembourser ses créanciers.

Lorsque l’on sait les conséquences néfastes de l’intervention du FMI dans les PED on ne peut qu’espérer ne pas voir cette institution financière «venir en aide» aux pays industrialisés. L’idéologie prônée le FMI repose sur ce que l’on appelle communément « le consensus de Washington » et s’inscrit dans la logique néolibérale. Loin de remettre en cause les fondements de notre système monétaire, financier et bancaire, le FMI en est le porte parole international. C’est lui qui a poussé les PED a abandonné leur souveraineté économique en les raccordant à la mondialisation capitaliste. C’est donc un intermédiaire entre les créanciers (les banques et établissements financiers) à qui il promet les remboursements et les Etats à qui il octroi des prêts en dernier recours. D’ors et déjà, des pays Baltes et ceux de l’Europe de l’Est ont du se retourner vers le lui pour faire face aux conséquences de la crise financière. Les mesures qu’ils doivent prendre sont toujours autant d’essence libérale ce qui n’améliorera certainement pas la situation des pays clients à long terme.

Les pays qui dirigent le FMI soit essentiellement les Etats-Unis (seul à disposer d’un droit de veto) l’ont utilisé à des fins géopolitiques. C’est-à-dire qu’ils utilisent les prêts du FMI pour imposer des mesures ayant des objectifs politiques et stratégiques. Avec la crise, le FMI qui souffrait largement des critiques et de la méfiances des PED est soudain replacé au cœur des acteurs économiques mondiaux et voit son rôle prendre une nouvelle importance avec par exemple, l’augmentation de ces réserves de Droits de Tirages Spéciaux, sa monnaie.

Pour l’Europe et plus précisément l’Union Européenne, c’est la Commission Européenne (organe décisionnel non élu) qui impulse l’idéologie néolibérale. La construction de l’Europe en tant que grand marché commun largement financée et modelée par les Thinks Tanks étasuniens . Ainsi, la souveraineté nationale des pays européens est mise à mal par une Europe non démocratique mais technocrate à l’image de la volonté des Etats-Unis. En France 80% des lois sont des transpositions du droit européen en droit national. On met donc en pratique les règles de l’Union Européenne décidée à la Commission. L’Etat est devenu une chambre d’enregistrement des « plans d’ajustements structurels » de la Commission Européenne. Le projet fédéraliste de l’UE décidé à Washington est imposé au peuple européen par le Traité de Lisbonne qui reprend d’ailleurs l’article 104 du Traité de Maastricht. Qu’on le veuille ou non, l’Europe fédéraliste est là et c’est elle qui va décider de la « sortie de crise » pour les pays européens et non pas les Présidents nationaux.

La crise n’a même pas remis en cause les principaux acteurs qui nous ont mené à elle. Les principaux acteurs de la grande dérégulation financière aux Etats-Unis sont aujourd’hui intégrés dans le gouvernement Obama. De Robert Rubin à Timothy Geithner en passant par Paul Volcker et Lawrence Summers, tous sont aujourd’hui ceux qui élaborent la politique monétaire, économique et financière étasunienne et mondiale. On prend les mêmes et on recommence. Aux pays où les hommes politiques sont majoritairement financés par Wall Street ce n’est pas étonnant. En Europe, c’est la même chose puisque les commissaires européens sont mis en place par Washington et l’élite financière. Les escrocs sont récompensés. En France, le ministre du Budget est Eric Woerth. C’est un ancien dirigeant du cabinet Arthur Anderson, firme connue pour son implication dans l’escroquerie financière Enron. Là encore, les références ne sont pas fameuses. Rien n’empêche donc une nouvelle attaque du Capital contre le Travail.

A la crise financière, il faut ajouter la crise économique et sociale, la crise alimentaire, la crise climatique, la crise migratoire et la crise de politique internationale . Les médias évitent soigneusement de lier ces crises entre elles mais elles sont pourtant interconnectées. Toutes ces crises sont la conséquence d’un seul système : le capitalisme productiviste. La concentration des pouvoirs aux mains de l’élite financière et l’abandon de la souveraineté économique et politique des Etats à la faveur de la gouvernance mondiale n’apporte pas une solution adéquate à une sortie de crise, ni à la venue d’une crise de la dette publique. Et cela amènera encore moins à la satisfaction de l’intérêt général. En fait, rien n’a changé si ce n’est que le capitalisme sort vainqueur d’une nouvelle crise. Les décideurs ont donc préféré sortir de la crise du capitalisme dont ils sont responsables plutôt que sortir du capitalisme en crise. L’oligarchie et les rentiers capitalistes gardent leurs extraordinaires privilèges. Les différentes révoltes citoyennes n’ont pas changé l’exubérant train de vie de ces initiés.

La crise de la dette intérieure publique au Nord comme au Sud sera la prochaine « crise naturelle » du capitalisme.

Puisque le capitalisme abolit la souveraineté nationale les peuples doivent demander à sortir du capitalisme s’ils veulent retrouver un pouvoir de décision. De l’Equateur au Venezuela en passant par les révoltes populaires pour l’accès aux ressources et les rassemblements altermondialistes, tous montre qu’un autre monde est possible. Des solutions existent et le droit international est un instrument au service des luttes populaires. Dans cette société mondiale façonnée, seul les « experts » débattent de sujets préalablement autorisés. Pourtant, comprendre ce qu’il se passe et trouver des solutions est du ressort de tout le monde. « L’envie est le seul pré requis à la réussite » alors « soy[ons] raisonnable et demand[ons] l’impossible ».

Sophie Perchellet

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