Sortie de crise: une autre voie est possible (Jacques Sapir)

22/03/2010

« La machine à produire de l’austérité, c’est-à-dire du chômage et de la misère, se mettra en route à partir de 2011 ou de 2012, » avertit Jacques Sapir, qui dénonce le mécanisme actuel du mode de financement de la dette d’Etat, avec des banques qui peuvent emprunter à 1% auprès de la BCE des fonds qui sont ensuite réinvestis dans des bons du Trésor rapportant 3%… Au-delà d’une nécessaire suppression des privilèges fiscaux, la question centrale, juge-t-il, reste celle d’une redistribution plus juste des fruits du travail, dont les revenus stagnent depuis les années 1980 par rapport aux gains de productivité, et que l’Europe ne protège pas, au contraire, puisqu’elle a souvent devancé les normes de l’OMC en imposant sans contrepartie l’ouverture à la concurrence internationale. Jacques Sapir réclame la mise en oeuvre d’une « nouvelle politique économique et sociale en mesure de sortir la France de son marasme », consistant en une « autre politique fiscale, » accompagnée par un contrôle des mouvements de capitaux, la réalisation de grands travaux d’infrastructure et de rénovation du tissu urbain, financés d’une part grâce à l’instauration d’un droit de douane, la « taxe sociale et écologique aux frontières », et d’autre part par un concours de la Banque de France, qui devrait dans les circonstances dramatiques et exceptionnelles actuelles retrouver l’autonomie et les marges de manœuvres abandonnées par les traités. « Il n’est pas d’autre choix possible que d’avancer, pour un temps, seul. Mais, l’ébranlement que provoqueraient des actions unilatérales de la France aurait comme effet immédiat d’ouvrir un immense débat en Europe. Si nous aurons à prendre nos premières décisions seuls, gageons que nous ne le resterons pas longtemps, » affirme-t-il.

De toute part, on nous présente l’austérité comme un choix inévitable. L’argument du déficit budgétaire, qui nous a déjà été servi ad nauseam, sert bien évidemment de prétexte. Alors même que la démographie connaît en France un redressement notable, on veut aussi tailler dans les retraites. Enfin, la précarisation du travail, dans le secteur privé comme dans le secteur public, est plus que jamais à l’ordre du jour. Tous ces choix nous sont présentés comme le produit d’évolutions inéluctables. Pourtant, ils sont tous extrêmement contestables.

Sur la question du déficit budgétaire, il faut savoir que son augmentation est, pour une large part, due à ce qu’il nous faut emprunter à plus de 3% (3,45% en moyenne) alors que l’on n’attend pas, même dans les rêves les plus fous de Mme Christine Lagarde, une croissance supérieure à 2%. Or, dans le même temps, les banques se refinancent auprès de la Banque centrale européenne (BCE), comme d’ailleurs auprès de la Réserve fédérale américaine et des autres banques centrales des pays développés), à des taux oscillant entre 1% et 0,5%. Serait-ce du fait de la meilleure qualité des dettes privées par rapport à la dette publique ? Poser cette question, c’est y répondre, et par un immense éclat de rire.

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La dette, une construction politique

17/03/2010

Introduction pour l’extrait de l’article de Gilbert Rodrigue:  LA DETTE, UNE CONSTRUCTION POLITIQUE

Nous n’avons sans doute pas les forces organisées suffisantes pour reconstruire l’ensemble du système monétaire. Mais nous pouvons le contraindre à évoluer (stratégie des moustiques) en l’attaquant sur ses flancs faibles: « La Dette » et la création de monnaie hyper-inégalitaire, sans redistribution publique.

En refusant par référendum de payer leur « Dette » les Islandais nous montrent une voie pour entamer des négociations. Négociations pour trouver ou retrouver, dans chaque circonstance, le juste montant d’une transaction.

Il y a des dettes justifiées qui correspondent à des biens ou services réellement rendus: celles-ci doivent être remboursées. Mais il y a aussi des dettes (1) injustifiées. Injustifiés ou à renégocier par exemple les prêts bancaires aux états à 3,5%, (ou plus) avec de l’argent obtenu à 1% (et moins) auprès de la BCE ou de la FED. Cette petite différence sur des sommes énormes alourdit considérablement et sans raison notre « Dette » publique. De plus,  elle crée des fonds disponibles ensuite pour une spéculation nuisible à l’économie réelle et à l’emploi.

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Argent, dettes et banques

05/03/2010


4° de couverture..

Voici un ouvrage d’explication et de vulgarisation stupéfiant…

Au milieu du XVIIe siècle, les orfèvres découvrent qu’ils peuvent prêter plus que les valeurs dont ils ont la garde. Ils deviennent des banquiers et sont à l’origine de la monnaie moderne.

Aujourd’hui, celle-ci est créée par les banques commerciales et non pas par l’État ou la Banque Centrale, comme certains le pensent encore.

Certes, cette création monétaire, qui n’est guère plus qu’une simple ligne d’écriture, a permis le développement de notre économie. Mais avec un important corollaire dont les effets négatifs sont souvent occultés : les intérêts, payés aussi bien par le secteur privé que par le secteur public.

Et ces intérêts sont une des causes principales des problèmes actuels de nos sociétés, car ils facilitent le transfert du peu de richesse des pauvres et des classes moyennes vers ceux qui sont déjà les plus riches.

Parce qu’il faut garder espoir, l’auteur propose des pistes de solutions à la question « comment se sortir de cette crise et des suivantes? ». Une nouvelle réglementation du secteur financier et bancaire ne serait qu’un emplâtre tout à fait insuffisant. Vu l’état catastrophique du système monétaire et financier dans lequel nous essayons de vivre en ce moment, il faut aller plus loin…

André-Jacques Holbecq est un économiste citoyen qui analyse depuis des années notre système économique et financier. Il  nous montre, qu’au fond, les bases en sont fort simples. Encore faut-il mettre à la portée de tous ces petits secrets bien gardés.
Auteur à succès de plusieurs livres dont La Dette Publique : une affaire rentable, il récidive ici avec la même volonté et clarté.

Collection : Economie
ISBN : 978 2 913492 77 6
Prix public : 7.50 €

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Plus fort que les vedettes de Cherbourg, le parapluie de la Dette

01/03/2010

Pas un jour sans qu’un larron du capital, auréolé d’un kit sentimental standard, amalgame de psychologie haut-bas-haut, de sociologie coca-cola et de philosophie de console ne prêche du haut de ce nouveau Golgotha qu’est devenue la DETTE PUBLIQUE. En libérateur de la France-qui-se-lève-tôt, veut-gagner-plus-hélas!-elle-est-prise-en-otage, il pense à NOS-ENFANTS, d’abord! Demain, les pauvrets n’auront plus que leurs poches crevées pour y mettre des mains blanches d’aristocrates endurcis. Et alors comment financer les retraites et la santé, sans parler de tout le reste qui fait la grandeur du modèle social français, un modèle auquel tout le monde reste attaché, comme Papillon à son boulet? Certainement pas nos-enfants-là, gouvernementaux, qui sont, à l’évidence, des enfants inscrits aux caisses d’allocations idéologiques qu’alimentent une foule de produits financiers, car les enfants naturels ont en général des parents tout aussi naturels qui les élèvent et qui, de ce fait tellement naturel, leur consacrent une bonne part de leur nature sociale, encore appelée salaires, déduction faite de la part sociale, affectée aux accidents, comme on dit, de la vie et au déclin inéluctable de leur force de travail.

Mais un messie-en-bois du capital a trouvé une combine: allonger la durée de cotisation-retraite, travailler plus, et conserver ainsi son salaire plus longtemps et donc gagner plus. Pourquoi s’arrêter en si bon chemin? Travaillons jusqu’à la mort, vive le son! Vive le son! Ce serait ici le lieu de parler de dette reconduite, de génération en génération, si ne s’était installée la coutume d’imaginer que discours vaut don de soi. Et si quelqu’un veut savoir au nom de quoi, eh! Bien! de NOS-VALEURS, pardi! est une réponse logique. Comme on en est à faire le compte du temps perdu à rattraper, l’avantage comparatif que procure la main d’oeuvre étrangère devrait sauter aux yeux, étant donné qu’elle est, tout compte fait, peu coûteuse en argent dit public, abstraction faite du paquet justice-police que sa libre circulation suscite et des libéralités administratives, versées, selon l’usurpateur social et mister Hyde de l’économie politique, aux états-frères africains. L’envoyé spécial de la vingt-cinquième heure marginale, dont le calcul est un véritable imbroglio qui va jusqu’à intégrer rentes et loyers impayés depuis deux millénaires, a manifestement raté sa vocation. Au lieu d’étaler son incomparable et donc incommensurable tristesse à l’opéra, le lieu d’un manque, sa vraie place, il vomit des à-vot’-bon-coeur wagnériens, ultra ficelés, à en donner la nausée. De quoi faire dégueuler à tous les étages de l’existence. Comme un renvoi social d’ascenseur fiscal. On dirait bien, au final, qu’il y en a une très-grosse dans le potage. Cependant, positivons! Par ce chant à la fois martial et nuptial, force à l’abri de la loi, le fétiche en question prend quelque part à l’idée de responsabilité collective. Et de la moutarde logique qui va avec! Il va de soi.

D’un autre côté, notre crucifié toujours actif nie l’exception française , il s’en vante, au profit de tous, et par ce fait méritoire, des meilleurs. Brillante affirmation qui fait société (sa tache originelle) contre l’artifice sanglant de la division en classes sociales. Dans le désert médiatique, pharaon est maître chez soi. Il enfante sa propre hiérarchie, déduction faite de son surplus organique. En France, donc, aucun discours dominant, NEIN! Ce serait contradictoire avec l’idée globale d’identité des différences. Dans ce monde-là, moderne-traditionnel, de nos-enfants, la puce et l’éléphant ne font que refléter à égalité, et donc en un sens, identiquement, l’idée d’harmonie vitale. Si c’est pas bête comme tout, ce truc-là! Enfin un vrai débat qui domine, de toute sa hauteur ministérielle, son sujet! Quelques siècles de pieuse imbécillité. En atteste la misère viscérale qui explose et qu’on expose, plus qu’ostensiblement, de manière attentatoire, tous les jours, avec des larmes qui concurrencent le Nil. Mais pour sauver France-bébé, bombarder l’Irak, l’Afghanistan, bientôt l’Iran, ne suffit pas. La chose est plus complexe. Il faut nouer, renouer, dénouer et parler franc, parler sous, parler dette. Bref, parler de tout, sauf de salaires! Surtout pas! Ça, niet! Comme tout débat étatique, ce haut-débat est orchestré et donc, fatalement, s’oriente, à dos de chameaux russes, vers l’idée d’exception exorbitante: cette façon spécifiquement communiste de parler d’argent, de manière incroyablement égoïste, en profiteur, en Suisse, voire en juif, sans ce soucier du corps splendide de la Nation, monument millénaire défiguré par une bande d’oiseaux de malheur, qui fourrent leur nez partout, comme s’ils n’étaient pas responsables de tout ce qui arrive, globalement, s’entend. Logique carnavalesque des blocs que l’Action gouvernementale agence au fur et à mesure de l’extension de l’économie capitaliste à tous les domaines de l’existence. La vérité, malgré tout, est là, sous le nez: profits capitalistes et salaires prolétariens sont en raison inverse les uns des autres, tout comme la concurrence entre états capitalistes et celle qui mine la force de travail.

L’ouvrier vise-t-il à une vie décente? La réponse est toute prête: LA-DETTE! Réclame-t-il des conditions de travail civilisées? LA-DETTE! Proteste-t-il contre l’escroquerie de la taxe IPP carbone? LA-DETTE! Bref, relativement à la main-d’oeuvre étrangère, encore elle, il coûte trop cher! Cela dit charitablement. Et les capitalistes-voyous en plus ne jouent pas le jeu! Ils trichent. Mais à qui tout ça profite, au fait? Aux marchés financiers, aux banques, à l’industrie et au commerce dont les profits sont globalement supérieurs à l’ensemble des dettes publiques, dont ils sont d’ailleurs les créanciers. Ce n’est donc pas par hasard que la croissance est toujours bénie urbi et orbi. Se reporter aux catégories charlatanesques qui ont cours dans les médias: France-moins-bien, France-moins-mal, etc., et vendus selon les intérêts capitalistes en jeu. L’antagonisme capital/travail est aussi créateur d’idées constructives-destructrices, lourd fardeau qui revient aux frères-économistes. C’est que c’est un dur labeur que de prêcher la soumission aux impératifs du capitalisme mondial, qui a de vrais besoins et naturels, lui, on vient de le voir, et louer l’utilité motrice des classes et couches capitalistes qui savent apprécier à leur juste valeur les modèles de société que le mode capitaliste de produire, d’échanger et de consommer fait naître, non pas historiquement, d’après-eux, mais pour le mieux. Bien entendu, cet enseignement universel, c’est-à-dire médiatique, suppose un baptême qui permet de nommer nommément les ennemis et autres judas de la société ouverte aux réformes. C’est-à-dire sourde à la revendication salariale. Fermeture d’esprit, totale, en la matière. En revanche, une attention extrêmement pieuse, quasi charnelle, est apportée à toutes sortes de montages libéraux-étatistes. Et si l’on en juge par les montants alloués, ces montages, manifestement bénéfiques, ont quelque chose de bibliques, par leur constance et leur ampleur. C’est-à-dire qu’ils sont paradisiaques, en tant que fruits de la combustion conservatrice du travail humain et infernaux, car ici pas de risque zéro, comme effets collatéraux: conflits à répétition, massacres de grand ampleur, chômage de masse, malnutrition, famines, sécheresse, etc. Si l’homme est mauvais, il a quelque chose de bon, dont il faut savoir tirer parti, tel est l’évangile de la fin de l’histoire. Allez! Français! Encore un effort! Enrichissez-vous, en payant de votre personne! Et vous verrez, ah! Ça ira! Ça ira! Le capital ressuscitera.

Paru sur le blog 1847http://1847.over-blog.com/ , Samedi 20 février 2010