La dette, une construction politique

Introduction pour l’extrait de l’article de Gilbert Rodrigue:  LA DETTE, UNE CONSTRUCTION POLITIQUE

Nous n’avons sans doute pas les forces organisées suffisantes pour reconstruire l’ensemble du système monétaire. Mais nous pouvons le contraindre à évoluer (stratégie des moustiques) en l’attaquant sur ses flancs faibles: « La Dette » et la création de monnaie hyper-inégalitaire, sans redistribution publique.

En refusant par référendum de payer leur « Dette » les Islandais nous montrent une voie pour entamer des négociations. Négociations pour trouver ou retrouver, dans chaque circonstance, le juste montant d’une transaction.

Il y a des dettes justifiées qui correspondent à des biens ou services réellement rendus: celles-ci doivent être remboursées. Mais il y a aussi des dettes (1) injustifiées. Injustifiés ou à renégocier par exemple les prêts bancaires aux états à 3,5%, (ou plus) avec de l’argent obtenu à 1% (et moins) auprès de la BCE ou de la FED. Cette petite différence sur des sommes énormes alourdit considérablement et sans raison notre « Dette » publique. De plus,  elle crée des fonds disponibles ensuite pour une spéculation nuisible à l’économie réelle et à l’emploi.


Lorsqu’il y a accroissement de la production des biens et des services sur le territoire d’une monnaie, cela entraîne un besoin supplémentaire d’argent. Cette création représente l’augmentation de valeur – Les banques y ont leur petite part  mais rien que leur part -. Or actuellement la nouvelle monnaie est empochée en totalité par les banques privées. Elles deviennent ainsi maîtresses des futurs crédits. C’est une confiscation, du vol (2). Nous ne voulons certes pas d’un état tout-puissant, mais nous ne voulons pas non plus d’un état impuissant et d’une banque centrale subornée. L’enrichissement global devrait bénéficier à tous également: enfants, femmes au foyer, chômeurs, handicapés et riches inclus – Un peu comme en Alaska -. On crée alors pour tous un dividende (local, régional, national ou international) suivant la taille du territoire monétaire.

Nos politiques, soi-disant démocrates et souverains, au lieu de rester subordonnés à l’économie, elle-même subordonnée aux maîtres anonymes du crédit, devraient être en négociations permanentes avec les institutions financières abusives pour sanctionner leur bluff et leurs détournements. Faute de cette attitude courageuse, nous devons prendre le relais et travailler à construire un pouvoir citoyen sur la monnaie. Pouvoir à ajouter aux trop maigres pouvoirs démocratiques que sont l’exécutif, le judiciaire et le législatif actuels. J’appelle ce pouvoir le pouvoir monétatif. Ce serait celui des citoyens sur le pouvoir monétaire et nous avons des pistes pour introduire la démocratie et l’impartialité dans un domaine où elle est absente: l’attribution des crédits.

En 1913, le célèbre banquier JP Morgan rappelait déjà qu’il se souciait peu des résultats électoraux. Il lui suffisait pour diriger le monde d’accorder crédit ou pas à tel ou tel projet. Nous revendiquons collectivement le pouvoir d’orienter les crédits à tous les niveaux de territoire.

Lorsque les matières premières et les techniques sont là, lorsque l’écologie de la planète est respectée, lorsque les compétences humaines existent, lorsque l’intérêt général est pris en compte au nom de quoi un crédit –  si facile à créer, on l’a vu, quand il s’agit de sauver la banque en faillite – pourrait-il ne pas être accordé?

Si tu ne deviens pas un tout petit peu banquier, si nous ne devenons pas collectivement banquiers, la banque en place continuera de nous exploiter. »

Michel Portal et de nombreux conseillers

La dette, une construction politique

par Gilbert Rodrigue

L’aggravation des déficits publics est présentée par nos économistes libéraux comme la conséquence directe et quasi exclusive d’un excès de la dépense publique en rapport avec le niveau de la croissance: trop de fonctionnaires, trop de dépenses de santé, trop de pensions et de retraites, trop de dépenses des collectivités locales, trop d’état …

Une situation qui bien sûr menacerait –ô généreux idéologues- les générations futures à qui on léguerait une dette totalement démesurée et illégitime de plusieurs milliers d’euros dans chaque berceau !

Et cette situation déjà périlleuse serait considérablement aggravée par l’actuelle crise économique avec un véritable basculement dans un gouffre déficitaire près d’engloutir des pays entiers qualifiés de porcs (PIGS acronyme de Portugal, Irlande, Grèce et Spain-Espagne) par nos élégants, talentueux et vertueux maîtres de la finance internationale.

Mais tenons-nous en ici au cas de la France.

Avant les années 1970 il n’y a pratiquement pas de dette publique. En 1978 elle est déjà de 72,8 milliards d’euros, soit 21% du Produit Intérieur Brut (PIB) pour atteindre 1457 milliards et 77,9% du PIB en 2009.

Les intérêts de la dette remboursés c’est 110 millions d’euros par jour. En valeur euros 2006 sur 30 ans depuis 80 c’est 1142 milliards d’euros d’intérêts de la dette ! (Source Wikipedia, et article « dette publique de la France » et interview de André-Jacques HOLBECQ, coauteur avec Philippe DERUDDER de « La dette publique une affaire rentable. A qui profite le système ? » de 2008.

Le point aveugle

On a vu, l’explication largement dominante, c’est que l’état, les collectivités locales procèdent à trop de dépenses en rapport avec les rentrées budgétaires : tributaires, elles, d’un ensemble de facteurs dont en particulier la croissance et donc les rentrées fiscales. Soit, mais les intérêts de la dette qui n’ont cessé d’exploser depuis le début des années 70 sont, eux, en rapport direct avec les taux d’intérêts pratiqués par les créditeurs.

Avant 70, l’état faisait appel à la Banque de France sans conséquences budgétaires !

La date de décollage de la dette et des intérêts de la dette, c’est 1973 :précisément la loi du 4 janvier 1973 qui auto-interdit à l’état d’emprunter auprès de la Banque de France sous la Présidence de Pompidou et la gestion ministérielle de Giscard d’Estaing.

L’article 104 du Traité de Maastricht prolonge cette interdiction en interdisant tout emprunt des états auprès de leur Banque centrale et de la Banque centrale européenne.

Et l’article 123 du récent traité de Lisbonne stipule« Il est interdit à la Banque centrale européenne et aux banques centrales des États membres, ci-après dénommées « banques centrales nationales », d’accorder des découverts ou tout autre type de crédit aux institutions, organes ou organismes de l’Union, aux administrations centrales, aux autorités régionales ou locales, aux autres autorités publiques, aux autres organismes ou entreprises publics des États membres ; l’acquisition directe, auprès d’eux, par la Banque centrale européenne ou les banques centrales nationales, des instruments de leur dette est également interdite. »

Comment se fait-il donc que nos brillants économistes, pourfendeurs des excès de la dépense publique ne mentionnent jamais ces interdits et les implications manifestes et déterminantes qu’ils ont précisément sur l’ampleur des déficits publics ?

Est-ce donc qu’on nous aurait menti et qu’on nous mentirait comme dirait, tel personnage pittoresque des guignols ? La dette publique, ce ne serait donc pas le résultat de dépenses publiques excessives à destination sociale (retraites, santé, services publics, équipements collectifs…) ?

La dette publique est le résultat d’une construction volontaire. Elle vient de loin et se confond avec le mouvement de privatisation des fonctions régaliennes de l’état, l’externalisation de tâches et de missions jusque-là assurées par la puissance publique.

Car de fait, presque en catimini, empêcher les états d’emprunter auprès des banques nationales et de la Banque centrale, c’est retirer à la puissance publique, la fonction séculaire de battre monnaie pour la confier aux banques privées et leur réserver le contrôle politique des dépenses publiques, dans un mouvement de globalisation et un système qui place les marchés financiers et leurs agences de notation au cœur du mécanisme de prélèvement et de contrôle des richesses produites.

La situation présente constitue l’aboutissement de décisions politiques croisées à l’échelle nationale (loi de 1973) et de décisions de l’Union européenne : « Traité de Maastricht » et « Traité de Lisbonne »).

Une vieille affaire

On sait le rôle qu’a joué, il y a 200 ans, la dette dans les immenses difficultés infligées au peuple d’Haïti pour avoir osé se rebeller contre ses  « maîtres ».

On sait aussi le rôle que le maniement de la dette a joué et continue de jouer contre les pays du Sud, sommés de procéder aux ajustements structurels, favorables au libre commerce et destructeurs des services publics, de l’autonomie alimentaire et de l’indépendance nationale.

L’aspect nouveau résidant peut-être dans le seul fait que les thérapies « FMistes » s’appliquent aujourd’hui à des états de la zone euro, mais avec une mise en œuvre des mêmes recettes.

La dette, c’est donc à la fois un moyen d’enrichissement privatif, considérable, et un outil de contrôle et de domination politique au profit d’individus anonymes et d’instances privées échappant à tout contrôle. (…)

Gilbert Rodrigue

(1) A voir et surtout à entendre

Plein de force, de bon sens et d’humour,

le discours de Thomas Sankara au sommet africain d’Addis-Abebas le 29 juillet 1987 (il y aura bientôt 23 ans)

Ce document historique est sans doute beaucoup plus audible en Europe maintenant que nous, l’Europe (avec la Grèce pour commencer), sommes rattrapés par la « Dette » qui déjà écrasait l’Afrique. »

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