Les leçons de l’Histoire

Autrefois les oppresseurs de la Grèce s’appelaient Darius ou Xerxès au nom de l’empire perse, désormais ils se nomment Strauss-Kahn, Barroso, Van Rompuy, Sarkozy ou Merckel au nom de la finance internationale !

Il y a 25 siècles, la domination perse n’était pas pesante. Un satrape perse était chargé d’assurer la levée de l’impôt royal et chaque cité grecque conservait ses institutions. Les perses respectaient les coutumes des différents peuples de leur empire et se chargeaient parfois de rappeler à l’ordre les fonctionnaires zélés.

Aujourd’hui rien n’a changé ! Le FMI et l’Union européenne enverront leurs administrateurs en Grèce pour s’assurer du remboursement des crédits à échéance et de l’application des mesures d’austérité imposées par l’empire financier. La souveraineté grecque a disparue en même temps que la démocratie : depuis vendredi toutes les mesures prises dans le cadre du plan pour la Grèce seront signées par le ministre grec des Finances sans vote au Parlement !
http://www.humanite.fr/Un-coup-d-Etat-par-voie-parlementaire

La souveraineté redevient donc une priorité ! Cette aspiration à la liberté était théorisée il y a 2500 ans par Aristagoras de Milet qui rassembla les cités ioniennes sous la bannière de la libération pour sonner la révolte.

Les Grecs vont devoir à nouveau puiser dans le meilleur de leur tradition historique pour se rassembler et défendre leurs intérêts et leur liberté face à cette nouvelle oppression !

Une crise n’est pas forcément mauvaise… Elle est bien souvent un moyen d’évolution, permettant l’accélération de processus de maturation. Encore faut-il ne pas se laisser submerger par les dégâts de la crise pour pouvoir garder le recul nécessaire à l’analyse profonde de ses causes et de ses conséquences…

Une analyse que visiblement nos politiciens, journalistes et économistes sont incapables de réaliser. Certes ils ont fait de brillantes études. Mais on leur apprend ce qu’il faut penser et non pas à penser. Leur capacité d’imagination, de critique d’un système donné, est quasi-nulle. Ils sont les outils parfaits de l’inertie sociale. Intégrés à la “haute société” par ces grandes écoles, ils sont formés à la protéger.

Voyons donc les constats qu’on peut tirer de l’Histoire concernant les dettes souveraines :

– les États ne doivent pas avoir peur de la cessation de paiement,
– les régimes qui durent (qui s’endettent le moins) sont ceux qui jugulent le mieux les processus d’accroissement des inégalités,
– les plans d’austérité aggravent la récession, entraînant une chute des recettes fiscales plus rapide que ne s’opère l’ajustement budgétaire, ce qui aggrave le déficit et donc la dette publique.

Les dettes publiques, dans leur conception actuelle, existent depuis le XIII° siècle (cités italiennes) et déjà un marché de la dette publique existait.
Les nations européennes en étaient rapidement très friandes : les revenus obtenus par taxation s’avérant insuffisants, l’emprunt a constitué un moyen systématique de financement des guerres, permettant l’allongement de conflits de plus grande ampleur. Les dettes publiques atteignent en effet leur plafond pendant les guerres : la dette britannique a représenté près de 300% du PIB au sortir des guerres napoléoniennes comme après la Seconde Guerre Mondiale. De même, la dette américaine s’est nettement accrue à la suite des quatre principaux conflits qu’a connus le pays où elle a atteint son sommet historique (120% du PIB). Quoi qu’il en soit, le coût des guerres est toujours payés par les citoyens ! En effet l’Histoire démontre une hausse de la fiscalité étatique pendant de nombreuses années post-guerres.

L’Histoire nous apprend qu’il ne faut pas avoir peur de la cessation de paiement pour un État. Ceci est d’ailleurs monnaie courante (pardonnez-moi le jeu de mot)…
Un État n’est pas une entreprise, ni un ménage ! Il n’a pas les mêmes objectifs, n’est pas soumis aux mêmes contraintes et donc ne doit pas être géré de la même façon. Un État peut être en situation de cessation de paiement mais personne n’a le pouvoir de le mettre en liquidation judiciaire et de lui ordonner de cesser d’exister. On constate d’ailleurs que suite à une cessation de paiement les États ne sont pas moins puissants, bien au contraire !

L’Espagne a connu de nombreuses banqueroutes rapprochées : 1557, 1575, 1596, 1607, 1627 ! Pourtant cette période de l’Histoire est celle où l’Espagne a atteint le zénith de son influence et de son pouvoir, ainsi que son Siècle d’Or culturel (1550-1660). Conclusion : quand un État fait faillite, il ressort plus puissant que s’il continuait à rembourser ses créanciers, et il est toujours capable de mener à bien ses projets. De plus, on constate que malgré ces défauts de paiement réguliers, les créanciers sont toujours présents pour acheter à nouveau des titres souverains… Le problème espagnol provient du fait que la monnaie était matérielle, les paiements étaient corrélés aux découvertes d’or provenant du Nouveau Monde, provoquant des successions d’époques où la monnaie était présente soit en excès soit en défaut. Aujourd’hui la monnaie est scripturale et ces problèmes n’ont plus de raison d’être !

Autre constat : les régimes qui durent sont ceux qui jugulent le mieux les processus d’accroissement des inégalités. C’est quand les privilèges sont trop nombreux que l’État s’affaiblit et doit s’endetter.
Concernant le déclin de l’empire hispanique on note une puissance militaire qui absorbe une partie trop importante des ressources financières et humaines, une agriculture victime d’inégalités de répartition des terres et l’expulsion de centaines de milliers de Morisques dont l’économie ne se relèvera pas.
En France, en 1780, l’État perçoit 503 millions de livres de recettes pour 620 millions de livres de dépenses. Le service de la dette occupe à lui seul 310 millions de livres, soit la moitié des dépenses ! L’opinion publique est scandalisée d’apprendre que la cour dépense 36 millions de livres en fêtes et pensions pour les courtisans. Le principal impôt direct, la taille, ne pèse que sur les non-privilégiés. La capitation et le vingtième n’améliorent pas les finances de l’État. En faillite et incapable de calmer la grogne des familles victimes de la crise économique, Louis XVI cède et convoque les États-Généraux en 1789, c’est le début de la Révolution française. Louis XVI a eu le tort de sacraliser la dette, il en a perdu la tête !
Ses prédécesseurs étaient moins cons : les cessations de paiement étaient régulières. Les rois de France ont recours à l’emprunt (toujours pour financer des guerres), par exemple la dette double entre 1522 et 1550 et la France fait faillite en 1558 et 1567 permettant d’annuler certaines dettes mais surtout d’en rééchelonner le paiement. Incapable de faire face à l’énorme dette accumulée par la monarchie absolue, les assemblées se résignent à la banqueroute des “deux tiers” (1796), la France renonce à payer les deux tiers de sa dette publique. C’est la dernière fois que le pays fera défaut sur sa dette.

La situation change à partir du XIXème siècle : les grandes nations ne font plus défaut sur leurs dettes ! L’Angleterre d’abord puis la France ont créé des banques centrales chargées d’emprunter pour les nations et d’assurer les remboursements. Les créanciers prennent confiance et les taux d’intérêts diminuent. Les marchés financiers et les banques privées prospèrent autour de la gestion des dettes publiques qui devient leur principale activité. La dette est sacralisée ! Exemple côté britannique : la moitié du budget est utilisé pour le service de la dette de 1820 à 1850.
Par exception une grande nation a dérogé à cette règle : les “emprunts russes” émis du temps des Tsars et unilatéralement répudiée par les Bolcheviques en 1918. Depuis, l’URSS puis la Russie considèrent cette dette comme nulle et non avenue.

Dans les années 1980, la crise de la dette des pays émergents était d’abord interprétée comme une simple crise de liquidité. La solution retenue a donc été une solution de court terme, limitée à l’injection de liquidités supplémentaires (fresh money) par les banques privées internationales, et la mise en place de politiques d’austérité destinées à rétablir les équilibres financiers dans les pays en difficulté de balance des paiements.
Mais très vite, les limites de cette stratégie sont apparues : les pays se sont enfoncés dans la récession et les créances bancaires ont du être provisionnées. La crise a désormais été perçue comme un problème plus structurel de solvabilité nécessitant un mode de résolution plus radical : les banques pouvait décider de conserver leurs titres de créances et injecter de la fresh money au taux de marché et le pays avait la possibilité s’il le désirait de racheter ses créances bancaires avec l’octroi d’une décote qui était en moyenne de 30-35%.
Le retour de la croissance dans les pays émergents à nouveau solvables, combiné à la libéralisation croissante des marchés des capitaux a offert de nouvelles opportunités de placements aux investisseurs internationaux et participé à un nouveau cycle d’endettement pour ces pays. En 1994 la crise mexicaine éclatait, puis la Russie en 1998, Équateur et le Pakistan en 1999, l’Ukraine en 2000, l’Argentine en 2001 et le Nigeria en 2002 se sont déclarés dans l’incapacité d’honorer leurs engagements financiers vis-à-vis de leurs créanciers extérieurs. A chaque fois la résolution a consisté à l’injection de liquidités (notamment de la part du FMI), une restructuration de la dette consistant à l’abandon de créances et à des rééchelonnements de paiement.

Tous ces pays ont souffert dans la période post-faillite d’un manque de liquidités puisqu’ils n’avaient plus autant accès au crédit, seule façon d’obtenir de la monnaie… La création monétaire rendrait dans ces cas-là la possibilité à ces pays de repartir sur des bases saines en soutenant l’économie avec la monnaie nécessaire à l’échange (ni plus, ni moins). C’est bien ce qu’ont été obligé de faire l’Argentine en 2001 (patacones) et ce que fait la Californie depuis 2009 (elle paye en partie ses fonctionnaires avec des bons à terme, appelés IOU, portant intérêt et convertibles en cash à des échéances qui dépendent d’ailleurs de l’état de la trésorerie) !

Dernier exemple en date : la Lettonie. Suite à la crise économique contemporaine, le pays a été contraint de faire appel au FMI, à l’UE, à la Banque mondiale et aux pays nordiques qui ont apporté un plan de financement de 7,5 milliards d’euros en contrepartie de mesures budgétaires restrictives (chute des salaires dans le secteur privé de 30%, le salaire minimum a été réduit de 20%, les retraites ont baissé de 20%, les salaires des enseignants ont chuté de 50% et ceux des fonctionnaires de 35% dont les effectifs ont été réduits de 20% et les dépenses de santé ont été amputées d’un tiers). Le résultat de ce plan d’austérité est sans appel : le déficit qui était de 4% en 2008 a été proche de 10% en 2009 et est attendu à 8,5% minimum en 2010 ! Le plan d’austérité ayant accentué la récession : PIB en chute de 4,6% en 2008 et de 18,4% en 2009 ! L’approfondissement de la récession faisant chuter les recettes fiscales plus vite que ne s’opère l’ajustement budgétaire induit par les mesures d’austérité…

CONCLUSION :

Si un État doit 10% de son PIB, c’est son problème. Si un État en doit 100%, c’est le problème des créanciers ! Qu’ils assument les risques de leurs investissements… Après tout, c’est par ce risque qu’ils justifient les taux d’intérêts. Thomas Sankara aurait dit “Ils ont joué, ils ont perdu, la vie continue !”. On rappelle souvent qu’il faut responsabiliser les emprunteurs… Certes ! Mais il faut aussi responsabiliser les prêteurs, toujours mauvais perdants !
L’Histoire de la dette publique est très majoritairement une histoire de son non-remboursement complet ou partiel. Les créanciers sont les principaux à souffrir des banqueroutes d’États, ces derniers y trouvant un soulagement budgétaire bienvenu. Le nouveau problème lié à notre époque sera celui de la contagion des défauts de paiement dans un système mondialisé (effondrement de la pyramide de dettes), seuls les prêteurs en dernier ressort, les banques centrales, pourraient alors sauver l’économie en procédant à la création monétaire… Ou alors il faudrait changer de système bancaire et monétaire, ce sera l’objet du prochain message, l’espoir existe et il faudra le répandre !

N.B.

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2 Responses to Les leçons de l’Histoire

  1. A-J Holbecq dit :

    Excellent article.

    Il faut noter que les défauts de dette étaient principalement dus au fait que les monnaies avaient leur contreparties en or ou la dette était émise dans une devise étrangère. Hors l’or ou les devises manquaient pour les pays qui durent faire défaut sur leur dette.

    Une Nation indépendante, dont la dette est libellée dans sa propre monnaie, peut très bien si elle le veut, faire monétiser sa dette par sa banque centrale (progressivement pour ne pas créer d’inflation trop importante). La seule conséquence risque d’être une dépréciation de sa monnaie sur les marchés financier, rendant plus chère ses importations, mais facilitant d’autant ses exportations.

    Néanmoins cette idée de monétisation des dettes publiques commence à faire son chemin. Dans un document Natixis très récent (Flash du 18 juin 2010 – N° 316), Patrick Artus écrit:

    Si les pays de la zone euro ne peuvent pas réduire rapidement leurs déficits publics, en raison de leur situation économique, ou de contraintes politiques;

    − ceci fait anticiper aux marchés financiers qu’il pourrait y avoir défaut partiel de certains pays sur leur dette publique ;

    − mais cette option (le défaut partiel) est en réalité impossible à utiliser, car les gouvernements seraient obligés de venir à l’aide des banques et des investisseurs détenteurs de dette publique des pays de la zone euro : le défaut sur les dettes publiques ferait apparaître d’autres dettes publiques ;

    − il ne reste que la possibilité de monétiser les dettes publiques, pour les transférer sur les bilans des banques centrales ; le risque lié à la création induite de liquidité est aujourd’hui, non pas un risque d’inflation, mais un risque de bulle sur les prix des actifs.

    … encore que j’ai des doutes sur le « risque » dont parle Patrick Artus qui raisonne dans un contexte d’augmentation de la masse monétaire. Parallèlement à la monétisation de la dette publique les banques commerciales pourraient être « bridées » dans leur capacité d’émettre de nouveaux crédits (expansion du crédit ou simple remplacement des crédits arrivant à échéance) par une simple augmentation des réserves obligatoires, de telle manière que l’augmentation ou non de la masse monétaire reste le choix de la Banque Centrale.

  2. Tout à fait, j’ai essayé de mettre en évidence dans la conclusion le fait que le défaut de paiement dans notre système actuel conduirait à la catastrophe générale et que seule la voie de la monétisation progressive par les banques centrales est tenable…

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