Une vaine tentative

30/07/2010

La réduction des déficits budgétaires dans une vaine tentative de limiter l’accroissement de la dette publique va plonger notre pays (et l’U.E.) dans la récession dont les conséquences seront entre autres:

– annulations de projets d’investissements

– baisses de production et de chiffre d’affaire

– réductions d’effectifs dans toutes les entreprises

– augmentation du chômage

Cette récession touchera en particulier la très grande majorité des jeunes, des salariés et des retraités.

L’article 123 du Traité de Lisbonne interdit à la BCE et aux Banques Centrales Nationales de financer directement les besoins des administrations publiques. Disons le simplement: l’État et les collectivités locales n’ont d’autres solution que de se financer sur les marchés monétaires.

En France, lors de l’année 2009 les besoins de financement des administrations publiques ont été de 144,4 milliards qu’il a fallu emprunter. Pendant ce temps là, c’est  45,6 milliards qui ont été payés au titre des intérêts (pour 50,9 en 2007 et 56,2 en 2008). Avec une dette totale de 1498 milliards fin 2009 (malgré les quasi  1300 milliards d’euros d’intérêts payés entre 1980 et nos jours)., il suffirait qu’hélas, les prêteurs nous fassent moins confiance comme nous l’avons vu pour la Grèce, et nous devrons emprunter les besoins de 2010 et des années suivantes à des taux beaucoup plus élevés qui creuseront d’autant plus le déficit budgétaire de l’État et celui des autres administrations publiques. Ce n’est donc pas sur les restrictions de la répartition sociale qu’il faut jouer mais sur les intérêts de la dette qui représentent, en France comme ailleurs, le second ou le troisième poste de dépenses.

La monétisation directe des besoins de trésorerie par la BCE ou la Banque de France permettrait au moins de ne pas augmenter la dette externe. Cette monétisation a deux énormes avantages: les obligations émises en contreparties ne sont pas nécessairement à échéance donnée de remboursement (Obligations à Durée Indéterminée) et que les obligations soient ou non productrices d’intérêts, ceux-ci, puisque la Banque de France appartient à 100% à l’État, lui reviennent sous forme de dividendes (ou d’impôts qu’elle reverse). Dans le cas de la BCE l’affirmation est partielle puisque la France détient environ 20% de la part de celle-ci dans la zone euro: ce serait donc « relatif » aux emprunts des autres pays. Mais de toute façon il semble tout à fait anormal que les banques puissent se financer à un taux très bas (le taux de refinancement) alors que les États et les Administrations publiques ne peuvent le faire.

Les esprits chagrins pourront dire: admettons même que nous passions outre à l’article 123 du Traité de Lisbonne et que l’une ou l’autre banque centrale monétise les obligations nouvelles correspondantes aux intérêts, il nous faudra emprunter à nouveau pour rembourser les obligations arrivant à échéance et donc notre dette restera constante. De plus, tout nouveau besoin de financement (et nous pensons particulièrement aux énormes besoins d’investissement qui vont être nécessaires pour assurer dans les 20 prochaines années la transition énergétique et écologique) ne pourra être financé que par de nouvelles dettes ou des solutions d’augmentation d’impôt ou de diminutions des dépenses qui, nous l’avons vu, mèneront chacune à la récession que nous voulons éviter.

Alors, que faire ?

1 – Faire monétiser les besoins correspondants aux intérêts de la dette, par émission monétaire de la BCE (c’est actuellement un total de 280 milliards d’euros pour la zone euro). En échange de cette facilité nouvelle, les budgets de fonctionnement des États de la zone euro devront être en équilibre et les recettes fiscales couvrir les dépenses de fonctionnement. Ceci n’aura évidemment aucun effet sur le montant de la dette mais évitera le plus souvent à celle-ci d’augmenter du montant – et du seul fait –  des intérêts à payer.

2 – lancer un grand programme d’investissement européen sur 10 ans sous forme d’un « plan Marshall  » qui serait totalement monétisé par la BCE. Le montant de ce plan serait défini par les chefs d’États mais pourrait raisonnablement être estimé à 200 milliards par an. En admettant que chaque travailleur produise 60000 euros par an de valeur ajoutée, c’est donc près de 3,5 millions d’emplois directs qui seraient pérennisés et certainement 3 à 4 fois plus d’emplois secondaires.

Ces deux mesures correspondraient à une augmentation d’environ 5% de la masse monétaire en circulation dans la zone euro: rien d’inquiétant donc pour l’inflation puisque pendant la période 2002 à 2006 la masse monétaire a augmenté de 10% par an sans créer celle-ci, parait-il.

Bien évidemment cette proposition est un contrepied de la philosophie de la BCE qui sous prétexte de risque d’inflation,  alors que tous les économistes savent bien que la quantité de monnaie en circulation n’est pas la seule cause de l’inflation, mais en fait, pour éviter  une envolée de la quantité de monnaie non contrôlée surtout utile à la spéculation, ne lui suffit-il pas de limiter la capacité d’émission de nouveaux crédit du système bancaire en augmentant les taux de réserves obligatoires et surtout en évitant de leur payer un intérêt sur celles-ci ?

Publicités

Une monnaie commune, comment ça marche ?

22/07/2010

Copie de l’excellente fiche  N° 13 du 17 février 2010 par Gabriel Galand , du site « Chômage et monnaie »

______________________________

La situation de la Grèce a montré les limites de la monnaie unique, qui ne peut laisser place à la nécessaire variation des dynamiques monétaires différentes de chaque pays (voir notre éditorial sur le sujet). La présente fiche définit donc un autre système, qui permet ces dynamiques différentes. Il peut s’appliquer entre l’Eurozone et les autres pays de l’Europe, ou entre l’Europe et une autre zone monétaire dans le monde, ou encore dans l’Eurozone, pour remplacer la monnaie unique, cas quelque peu extrême. Tout ceci en attendant une mise en œuvre mondiale, qui serait la meilleure solution pour tous. Ce système s’inspire de celui préconisé par P. Davidson en 1994.

L’objectif et le principe

La monnaie commune doit permettre à chaque pays de mener la politique monétaire de son choix, sans qu’il puisse nuire à ses partenaires. La monnaie commune doit par ailleurs réaliser l’équilibre des balances des paiements, en donnant la charge de l’équilibrage aux pays excédentaires, qui ont seuls les moyens de le faire.

La mécanique

1) Les pays participants instituent une monnaie commune, gérée par la Banque Centrale de la Zone Monétaire ainsi créée (BCZ).

2) Chaque pays participant utilise sur son territoire sa propre monnaie. La banque centrale de chaque pays s’engage à changer sa monnaie nationale contre la Monnaie Commune, qu’elle obtient auprès de la BCZ si elle en manque, et s’arrange pour fournir des devises étrangères à ses résidents en les achetant aux autres pays de la zone contre de la Monnaie Commune.

Il n’y a donc pas dans cette zone de problème de réserves de changes. Tous les déséquilibres en devises entre membres se constatent sur les comptes centraux en Monnaie Commune. Par ailleurs, les monnaies nationales n’étant convertibles qu’en Monnaie Commune, il n’y a pas de marché libre des changes entre les devises des participants. Aucune spéculation n’est donc possible sur ce terrain. De plus les mouvements des devises nationales sont contrôlables par le pays concerné.

3) Si la Monnaie Commune est mondiale, elle n’est détenue que par les banques centrales et non par le public (comme les DTS aujourd’hui). Comme il n’y a pas de marché des changes entre les monnaies nationales, toute spéculation est supprimée.

Si la Zone Monétaire n’est pas mondiale, les échanges entre pays de la zone et les pays extérieurs se font en Monnaie Commune. Il est donc nécessaire de pouvoir échanger cette Monnaie Commune contre des devises extérieures. On a alors deux solutions.

Première solution, la Monnaie Commune est cotée sur les marchés contre les autres devises mondiales. Dans ce cas, la spéculation est possible sur son cours. Deuxième solution, elle n’est pas cotée, il y a contrôle des changes et taux de changes administrés par la BCZ. Il n’y a plus de spéculation.

4) Les taux de conversion initiaux entre la Monnaie Commune et chaque monnaie de la zone sont fixés par accord entre les participants pour refléter au mieux la compétitivité de chaque nation. Les points 7 et 8 traitent de la révision de ces taux.

5) Les contrats entre agents économiques continuent de se régler en monnaies nationales, tel que permis par les lois locales et l’agrément des parties.

6) Une mécanique à seuil oblige un pays excédentaire(1) à dépenser son excédent de 3 manières

– acheter des produits ou investir dans un pays débiteur,

– fournir une aide financière directe à un pays débiteur (don).

Si ces excédents n’ont pas été dépensés ou donnés dans un temps prédéfini, alors la BCZ confisque les dits excédents et les répartit entre les membres déficitaires.

Ce point est fondamental. Il assure qu’aucun pays, en épargnant trop, ne mette les autres en déficit et les force à freiner leur demande, déprimant ainsi la demande globale. De plus, il place la charge de l’ajustement sur le pays excédentaire, qui seul en a les moyens.

7) Les taux de change entre les monnaies nationales et la Monnaie Commune sont fixes, mais on peut instituer un système de révision des taux de change qui reflète les variations d’inflation ou de coûts salariaux, ou tout autre paramètre qui permet de conserver le pouvoir d’achat de la Monnaie Commune dans le pays concerné. De cette manière tous les pays possédant de la Monnaie Commune sont assurés que sa valeur ne se déprécie pas en pouvoir d’achat.

8 ) Si un des pays membres est au plein-emploi, et a un déficit persistant, c’est qu’il vit au dessus de ses moyens. Si c’est un pays pauvre, il peut être justifié de continuer à le subventionner. Mais si c’est un pays riche, c’est un « passager clandestin », et il est mis dans l’obligation de dévaluer sa monnaie par rapport à la Monnaie Commune par palier, ce qui a pour effet de renchérir ses importations, de rendre ses exportations moins chères, et surtout de diminuer son revenu réel jusqu’à ce que sa balance commerciale soit équilibrée. Enfin, si le déficit des paiements persiste malgré une balance commerciale positive, alors c’est que la dette est trop importante et des négociations doivent s’engager pour faire cesser cette situation, soit par rééchelonnement, soit par moratoire partiel ou total.

Dans le système ci-dessus, les participants ont des balances des paiements toujours équilibrées entre eux, on supprime ainsi le mécanisme pervers qui bride l’économie mondiale, dans lequel les excédentaires accumulent des réserves tandis que les déficitaires sont contraints à la récession et freinent la demande globale.

Par ailleurs chaque pays participant garde la liberté de sa politique monétaire sans permettre une spéculation contre sa monnaie. En particulier un pays qui est en sous-emploi peut relancer son économie en creusant son déficit, sans craindre l’assèchement en devises. Insistons sur le fait que les banques centrales nationales sont des banques centrales à part entière, libres de mener la politique monétaire de leur choix, et non des succursales de la BCZ. Elles ont pour mission de minimiser l’inflation et de réaliser le plein emploi. De son côté la BCZ a pour mission d’assurer les transferts et la comptabilité en Monnaie Commune, d’appliquer les règles définies en commun concernant l’équilibrage des balances des paiements et la révision des taux de change internes, et finalement de gérer le change entre la Monnaie Commune et l’extérieur.

Le système repose sur l’idée que les déficits des uns sont les excédents des autres, et redistribue les écarts par rapport à la moyenne. Il est clair que ce mécanisme sera moins douloureux si l’ensemble est en excédent plutôt que s’il est en déficit. Par ailleurs il ne peut se mettre en œuvre que dans une zone assez importante pour que ces échanges extérieurs soient faibles par rapport à ses échanges intérieurs. La zone Euro, ou mieux l’Union Européenne, ont cette taille critique. Une telle zone pourrait ensuite agréger autour d’elle un nombre croissant de pays volontaires.


(1) A moins que la zone monétaire ne soit le monde entier, le niveau à partir duquel un pays est « excédentaire » n’est pas forcément l’égalité entre entrées et sorties. C’est plutôt le niveau correspondant à l’excédent ou au déficit de l’ensemble de la zone.


La nécessité d’un « plan Marshall » européen

18/07/2010
Un « vieil » article  retrouvé, publié le 9/06/2005
(sur http://www.france.attac.org/spip.php?article5546 )

_____________________________________________

Dans « Le Monde Diplomatique » de juin 1997, Ignacio Ramonet écrivait : « Il y a cinquante ans, le 5 juin 1947, dans un discours à l’université Harvard, le général George Marshall, secrétaire d’Etat américain et principal conseiller du président Harry Truman (démocrate), définissait les bases de son célèbre « European Recovery Program » (« Programme pour la reconstruction de l’Europe »), que l’histoire devait retenir sous le nom de « plan Marshall » […]


Quelles qu’aient été les arrière-pensées politiques de Washington, il apparaît évident, avec le recul, que l’aide Marshall fut un acte de très grande solidarité. Il constitue, indéniablement, un modèle de coopération internationale audacieuse, par son ampleur comme par sa méthode. Il permit l’expansion du commerce intra-européen, poussa à l’intégration économique et constitua le premier embryon de ce qui allait devenir la Communauté européenne. Pendant quatre ans, de 1948 à 1951, les Etats-Unis fournirent, pour l’essentiel sous forme de dons, quelque 14 milliards de dollars d’aide (soit environ 170 milliards de dollars d’aujourd’hui). Cela permit, en France, en Italie, en Belgique, au Royaume-Uni, en Allemagne et dans douze autres pays, la reconstruction des grands secteurs stratégiques de l’après-guerre : énergie, sidérurgie, travaux publics et transports. Cela plaça l’Europe sur les rails des trente années de plus forte croissance de son histoire, les « trente glorieuses ».

Le plan Marshall était un projet profondément marqué par les thèses interventionnistes de l’économiste britannique John Maynard Keynes et par sa General Theory of Employment, Interest and Money, selon laquelle les gouvernements ne doivent pas seulement miser sur le marché, mais tout mettre en oeuvre pour assurer le plein-emploi grâce à une meilleure redistribution des revenus […]

En célébrant, le 28 mai dernier à La Haye, le 50e anniversaire du plan, le président Clinton n’a pas manqué de replacer l’aide Marshall au coeur des débats actuels sur le rôle de l’Etat dans l’économie.

Comme l’avait déjà fait M. Jacques Delors en affirmant : « Le plan Marshall exprimait l’idée qu’un rattrapage économique fondé sur les seules forces du marché devait s’accompagner d’un dispositif volontariste d’aide et d’assistance, de nature à surmonter les principaux obstacles structurels. » Comment ne pas être frappé par l’actualité de cette problématique et par l’aveuglement des responsables politiques jurant seulement par les forces du marché et oubliant que les pays d’Asie du Sud- Est dont ils vantent la réussite – Corée du Sud et Taïwan, par exemple – ont reçu pendant des années des aides massives équivalant à un véritable plan Marshall et ayant permis leur décollage ? La détresse de beaucoup de régions du monde redonne une modernité à la planification économique et rappelle la nécessité de stratégies de développement conduites par l’Etat. Il faudrait lancer des dizaines de plans Marshall. A commencer par la France, où le nouveau gouvernement serait bien inspiré de mettre sur pied, d’urgence, un indispensable plan Marshall pour reconstruire les banlieues, comme M. Jacques Chirac l’avait promis. Sans parler de l’Union européenne elle-même, qui, au lieu de tout attendre du marché, devrait lancer son propre New Deal pour faire disparaître ses 18,5 millions de chômeurs et ses 50 millions de pauvres.

Les pays de l’OCDE devraient accorder une aide massive à trois autres chantiers de reconstruction : en premier lieu au Maghreb et à ses 80 millions d’habitants aux prises avec l’islamisme, la pauvreté et la violence ; ensuite à la Russie et aux Etats de l’ex-URSS guettés par les guerres et le chaos ; enfin à l’Afrique pauvre où vivent un demi-milliard de personnes disposant au total d’un revenu égal à celui des 7 millions de Suisses…

Dans un monde gagné par l’égoïsme, retrouver l’esprit du plan Marshall n’est-ce pas, pour l’Etat, se souvenir que la démocratie ne pousse pas dans un désert de pauvreté ? »

En 2005, cet article reste d’actualité…

Le système Marshall a permis aussi bien pour les Etats Unis qui ont financé, que pour les pays européens dévastés par la guerre, de reconstruire très rapidement leur économie. Pourquoi ne répliquerions-nous pas un système qui a fait la preuve de son efficacité ?

Probablement cinquante millions de pauvres en Europe, des centaines de millions en Afrique prouvent, faut-il le rappeler, que les besoins existent. Or ce n’est pas une sous capacité de production qui est la cause de la pauvreté, mais bien le manque de monnaie distribuable permettant le plein emploi et des salaires corrects. Il est important de se souvenir que ce sont les revenus qui créent l’activité commerciale, qui elle-même crée l’emploi et donc de nouveaux revenus qui sont réinjectés dans le circuit économique dans un cycle permanent. On peut résumer ceci par : « Les dépenses des uns font les revenus des autres qui créent une demande et donc créent de l’emploi », et par « Sauf importations de biens ou exportation de devises, l’argent investi par un Etat lui revient en totalité ».

L’ultra libéralisme, actuellement triomphant, a laissé au système bancaire privé le droit de création monétaire dans une proportion majeure. Mais il s’agit de monnaie temporaire (monnaie de crédit), monnaie « vendue » avec intérêts par les banques. Le changement de paradigme nécessaire pour ramener la reprise totale par les États de ce droit régalien de création monétaire est sans doute trop difficile à faire admettre pour le moment. Mais il existe peut être une solution intermédiaire qui pourrait être mise en œuvre au niveau européen, sans révolution majeure.

Le Plan Marshall reposait en grande partie sur la mobilisation du crédit à partir des revenus fiscaux des américains. Ceux-ci sont aujourd’hui, que ce soit aux Etats-Unis ou en Europe, ridiculement insuffisants par rapport aux investissements nécessaires pour assurer une reprise globale, car la possibilité d’augmenter l’assiette fiscale est devenue beaucoup trop étroite et ne serait pas supportée par les populations.

Si l’on ne peut trouver l’argent nécessaire par l’impôt, comment faire ?

Nous remarquons et rappelons d’abord que les crédits consentis à l’étranger peuvent l’être par création monétaire. Ils ne sauraient donc manquer au prêteur. Au contraire, les crédits accordés vont amener de l’activité. Ensuite que la monnaie est créée par un jeu d’écritures et elle ne coûte rien à produire.

La réponse nous semble donc être dans la création d’une institution qui émette du crédit en anticipation des revenus, à venir, engendrés par de grands projets mobilisateurs, comme le font les banques privées, mais à la différence de ces dernières, il s’agirait d’émettre cette monnaie sans intérêt. Il pourrait s’agir d’une Banque européenne, structure permanente capable de mobiliser les crédits nouveaux émis sur ordre du Trésor dans le but de maximaliser l’investissement productif. Cette structure pourrait avoir deux rôles : l’un de financement général de l’économie de pays aidés (plan Marshall extérieur), les commandes de biens devant évidemment s’effectuer auprès des entreprises européennes, l’autre de financement des grands travaux et services publics européen (plan Marshall intérieur) en évitant au maximum les importations. Bien, me direz-vous, mais l’inflation dans tout cela ? … si vous créez de nouveaux Euros, ils viendront augmenter la masse monétaire globale ! En fait, il n’en est rien si, corrélativement, la possibilité de création de monnaie de crédit par les banques privées est réduite par la Banque Centrale, remplaçant la monnaie de crédit temporaire par de la monnaie permanente.

Il serait indispensable de tenir particulièrement compte des conséquences écologiques, c’est à dire de favoriser les achats d’équipements non polluants fabriqués en Europe, ainsi que les créations locales écologiques. Un tel programme devrait particulièrement mettre l’accent sur le financement :

- de la production industrielle d’équipements de production d’énergie locale non polluante (éoliennes, capteurs solaires, pompes solaires, etc.),
- des infrastructures (électricité, téléphone, ferroviaire, voies navigables, etc.),
- de l’équipement de la population (habitat écologique, chauffages solaires, etc.),
- du développement de l’agriculture et de l’élevage ( animaux de ferme et de trait, irrigation,etc.), de l’équipement à la production locale de biens et services de première utilité, « de niveau de vie » (éducation, santé, eau potable, etc.)

Compte tenu que dans cette proposition il s’agit de monnaie circulant sans intérêt, les coûts de fabrication devraient très nettement tirer les prix de vente vers le bas. En effet l’étude qui a été faite en Allemagne (qui est évidemment valable pour tous les pays occidentaux), par Margrit KENNEDY (« Libérer l’argent de l’inflation et des taux d’intérêts » – Ed Vivez Soleil – 1996), montre qu’il n’y a pas que ceux qui empruntent de l’argent qui payent des intérêts, car, contrairement à ce qu’on pourrait croire, nous en payons tous, sans même nous en rendre compte. Dès que nous achetons un bien ou un service, nous payons toujours une part d’intérêts incluse dans le prix et cette part est fonction des investissements qui ont été nécessaires pour la production considérée. Pour des services de main d’œuvre cette part est voisine de 10%, mais elle peut atteindre 80% des prix hors taxes si la production nécessite beaucoup de capital et peu de main d’œuvre. En moyenne, la moitié de nos prix représente le coût du capital, et l’autre moitié les salaires distribués. C’est dire que de l’argent sans intérêt permettrait quasiment de doubler le niveau de vie de chacun ou de travailler deux fois moins.

En conclusion : si un gouvernement peut émettre des « bons du Trésor » ou des obligations d’Etat, il peut émettre des crédits sans intérêt. Les deux sont des promesses de payer, mais l’un plombe les prix, et l’autre aiderait les populations. C’est une situation terrible lorsque le gouvernement, pour augmenter la richesse nationale, doit s’endetter et se soumettre à payer des intérêts ruineux à des structures privées qui contrôlent la valeur fictive de la monnaie. Dans un système où la monnaie est crée par le système bancaire privé, avec intérêt, chaque fois que nous voulons augmenter la richesse nationale d’un pays, nous sommes forcés d’accepter une augmentation de sa dette.

Un Plan Marshall européen à destination des PVD et de l’Europe elle-même « est possible » et cela ne nous appauvrirait en rien, au contraire puisqu’il permettrait de développer une production écologiquement orientée en créant des emplois. C’est maintenant aux techniciens de la monnaie et aux économistes de proposer un « schéma pratique ». Mais il est évident qu’il ne sert à rien d’un coté d’aider ces pays pauvres par une action telle que celle ci tout en les étranglant d’un autre en leur réclamant une dette et les intérêts qu’ils ne peuvent payer sans des sacrifices que nous n’oserions sûrement pas demander à nos propres populations.

André-Jacques Holbecq


Un indicateur fallacieux

14/07/2010

Puisqu’il est sous licence licence GNU GPLv3, je voudrais vous faire partager ici, intégralement, cette  excellente analyse de Michel Volle, dont vous trouverez l’original sur ce lien
http://michelvolle.blogspot.com/2010/05/un-indicateur-fallacieux.html

( Ce texte fait partie de la série Le chemin vers l’abîme.)

_____________________________

On dit « la dette de la Grèce » (ou « de l’Espagne », « de la France » etc.) alors que l’on parle de la dette de l’État grec, espagnol, français. Or l’endettement d’un État et celui d’un pays sont deux choses complètement différentes.

On évalue en outre le niveau d’endettement d’un État par le ratio « dette brute / PIB », choisi lors des accords de Maastricht. Ce ratio est une chimère, un monstre conceptuel car il compare un stock d’un acteur (le niveau de la dette brute d’un État) à un flux d’un autre acteur (la production annuelle d’un pays, mesurée par le PIB). Nous avions pourtant appris à l’école primaire que toute proportion doit porter sur des choses de nature comparable (« il ne faut pas diviser des poireaux par des navets », disaient nos instituteurs). On s’étonne de voir tant d’économistes disserter doctement sur cet indicateur alors qu’il ne peut qu’égarer leur jugement.

La « dette brute » d’un acteur économique est d’ailleurs moins significative que sa dette nette, écart entre la valeur de ses dettes et celle des créances qu’il détient sur d’autres acteurs.

Entre parenthèses, il n’y a rien de mal à s’endetter : tout acteur productif (l’État lui-même produit des services), dont l’action suppose anticipation et investissement, s’endette et détient des créances sur d’autres acteurs. La théorie définit un niveau optimal d’endettement, mais comme la situation réelle n’est jamais celle que la théorie suppose le critère essentiel est celui de la crédibilité : un acteur sera crédible si ses créanciers, confiants en sa capacité à rembourser, sont disposés à renouveler leur prêt sans exiger une prime de risque plus élevée.

Le ratio qui permet d’évaluer la crédibilité d’un acteur est « dette nette / valeur des actifs » car celui qui possède un actif important pourra, s’il le faut, vendre pour rembourser. Si l’on est prudent, on calculera ce ratio en pondérant les dettes selon leur exigibilité, les créances et les actifs selon leur liquidité.

La comptabilité nationale ne publie pas un tel ratio : il faudrait fouiller dans les comptes pour trouver les données nécessaires à son calcul et ni le citoyen, ni même l’économiste spécialisé ne possèdent la technicité requise – d’ailleurs certaines données essentielles manquent : comment évaluer cette composante de l’actif d’un État qu’est sa capacité à lever de nouveaux impôts ?

* *

Ce qui importe cependant, c’est moins la crédibilité d’un État que celle du pays qui, outre l’État, comprend des entreprises et des ménages : un État pourra en effet, s’il y est contraint, ponctionner les autres acteurs du pays – opération pénible et délicate au plan politique, mais possible.

Dans la dette nette d’un pays les dettes internes s’annulent, puisqu’à une dette d’un acteur correspond une créance d’un autre : seules comptent les dettes et créances avec d’autres pays. Le ratio qui convient pour évaluer la crédibilité d’un pays est donc « dette nette du pays envers l’étranger, tous acteurs confondus / valeur des actifs du pays », en appliquant éventuellement les mêmes règles de prudence que ci-dessus.

Les comptes nationaux fournissent un indicateur de la dette nette : la balance des paiements courants, solde des intérêts payés et reçus par le pays, est grossièrement proportionnelle à l’endettement net. Comme il n’est pas facile d’évaluer la valeur des actifs d’un pays on peut la supposer proportionnelle au PIB : cela revient à supposer (autre approximation grossière !) que la valeur de la production annuelle d’un pays est une fraction constante de la valeur de son capital.

Le ratio « balance des paiements courants / PIB », même grossier, est plus consistant que la chimère « dette nette de l’Etat / PIB » car il divise un flux par un autre flux et les deux flux sont relatifs au même acteur.

En décembre 2009 l’OCDE prévoyait pour 2010 un surplus des paiements courants de 5,4% du PIB pour la Chine, 4,5% pour l’Allemagne, 2,8% pour le Japon, et un déficit de 2,1% pour la France, 2,3% pour l’Italie, 2,4% pour le Royaume-Uni, 3,4% pour les Etats-Unis et le Canada. A l’aune de cet indicateur, qui est « puissant » et qui est « faible » ? (voir Christian Sautter, « Oh ! La vilaine dette publique ! », Lettre à nos amis, n° 407, 5 mars 2010).

On trouve des ratios plus élevés si l’on considère des pays plus petits : surplus de 18,6 % pour la Norvège grâce au gaz, 10,2 % pour la Suisse, 8,2 % pour la Suède et les Pays-Bas, déficit de 10 % pour la Grèce (avant son plan d’austérité), 11 % pour le Portugal.

Au Japon, le ratio « dette brute de l’État / PIB » est de 225 % : c’est très supérieur aux 80 % de la France et aux 60 % du plafond théorique de la zone Euro, mais ce n’est pas inquiétant parce que 94 % de la dette de l’État japonais sont financés par l’épargne des Japonais, créanciers fidèles et peu sensibles à ce que disent les agences de notation – d’ailleurs, nous l’avons vu, la balance des paiements courants du Japon est positive.

A tout bon indicateur on peut associer une limite à partir de laquelle un signal d’alarme s’allume. L’exemple du Japon illustre le fait qu’il est impossible de définir une telle limite pour le ratio « dette brute de l’État / PIB » : cette chimère n’apporte donc aucune information, elle n’a en définitive aucun sens. Mais elle a des conséquences.


Editorial 1er Juillet « Chômage et monnaie »

03/07/2010

Editorial : 2012, remettre en cause le libre-échange

1 juillet 2010 par Gabriel Galand

L’année 2012 sera l’occasion pour les français de faire des choix, compte tenu des événements que nous avons traversés. Du moins nous l’espérons, si le débat n’est pas de nouveau confisqué au profit de questions subalternes, comme cela est déjà arrivé dans toutes les élections passées depuis le début de la mondialisation.

Nous voudrions être très concret et dégager la ou les lignes de conduite réellement possibles pour un gouvernement français qui voudrait ramener la croissance et le plein emploi, compte tenu de la situation européenne et mondiale, et des contraintes qui en résultent. Notre conclusion sera qu’il faut absolument remettre en cause le libre-échange, sinon c’est l’impasse.

Il est abondamment développé aujourd’hui(1) , et accepté par les économistes de bonne foi, que les déséquilibres qui ont mené à la crise de 2008 sont dus à l’endettement inconsidéré des ménages de certains pays, lui-même causé par la stagnation des revenus du travail. Ces revenus ont été mis sous pression par la concurrence des pays à bas salaires(2) , à la fois par le prix trop bas des produits fabriqués dans ces pays et par le chômage généré par les délocalisations directes, ou par le déplacement des investissements vers les mêmes pays. Cette situation a aussi entraîné que les liquidités générées par les banques centrales dans le but de relancer l’économie réelle se sont dirigées vers la spéculation financière, rejoignant ainsi par le côté des créanciers la mécanique infernale de l’endettement généralisé.

Lire le reste de cette entrée »