Pour une zone économique euro-méditérannéenne

Article de Yann, paru le 7 janvier 2011 sur son blog sous le titre « L’hypothèse de l’union méditerranéenne« 

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Alors que l’UE et la zone euro s’enfoncent dans une crise structurelle et que l’hypothèse de l’éclatement de l’euro est de plus en plus probable, nous voyons en même temps les pays du sud de la méditerranée  s’embraser à cause du chômage et de la précarité grandissante. La hausse du niveau scolaire dans ces pays commence, semble-t-il, à avoir les effets que nos propres pays ont connu précédemment, baisse de la fécondité et revendication politique et salariale plus forte. Les prévisions de Todd révèlent ici leurs validités la hausse du niveau scolaire étant bien à l’origine des mouvements révolutionnaires et politiques. On pourrait voir ici une juxtaposition de crises, le pourtour méditerranéen devenant une zone désindustrialisée et condamné à des violences et à une paupérisation progressive du Nord  au Sud. Le Nord plongé dans le marasme de l’euro et du libre-échange intégrale, le Sud à cause également du libre-échange mais avec en plus un dynamisme démographique qui produit cumulé à cela un chômage tout à fait exceptionnel. Cependant on pourrait également imaginer cette situation comme étant un moment d’opportunité historique afin de rebondir à long terme. Quelques économistes ont avancé il y a peu l’hypothèse d’une coupure en deux de la zone euro, une zone latine et une zone germanique chacune ayant leur propre monnaie. C’était notamment l’une des propositions de Patrick Artus dont j’avais parlé dans ce texte. Cette hypothèse pourrait sembler intéressante sous certains aspects mais l’on s’aperçoit bien vite que si ces zones sont relativement plus homogènes que la zone euro actuelle, il y aura quand même à l’intérieur des hétérogénéités économiques trop grandes pour permettre un fonctionnement correcte  sous une organisation similaire à celle de l’UE actuelle.

En réalité c’est l’organisation même de la construction européenne qu’il faut revoir et à titre personnel je vois l’UE comme un brouillon raté que l’on ferait mieux d’abandonner pour construire autre chose à la place. Et c’est là que la question des pays du Maghreb entre en jeu. Il est évident que les difficultés dans ces pays sont aussi les notre ne serait-ce qu’à cause  des risques d’afflux migratoires déjà excessif sur notre sol, et qui, s’ils s’accroissaient à cause d’une déstabilisation grave de l’Algérie ou du Maroc, pourraient produire des  drames. Ce faisant nous pourrions imaginer comme projet pour la France et pour les futurs-ex membres latins de l’UE un avenir dans une structure commune avec ces pays. Une structure économique évidement très différente dans son fonctionnement de celle de l’UE, car les écarts de niveau de vie ne permettrait pas plus l’intégration sous cette forme qu’elle ne l’a permis avec l’UE actuelle. Mais il s’agirait ici d’une forme de complémentarité économique favorable car ces pays sont de grands producteurs de matières premières ce qui faciliterait une économie plus autocentrée de la zone, en attendant l’inéluctable sortie du pétrole qu’il nous faudra bien enclencher un jour ou l’autre.

Pour une zone de commerce équilibré et de développement euro-méditerranéenne

La zone aurait une limite que l’on pourrait rapprocher géographiquement de l’ancien empire Romain d’occident en incluant la France, l’Italie, l’Espagne, la Grèce, la Belgique (ou ce qu’il en restera si le pays éclate), le Portugal et pourquoi pas la Suisse et les Pays-Bas. Pour la partie Africaine nous aurions le Maroc, l’Algérie, la Tunisie et pourquoi pas la Libye. Cette union laissant une large autonomie à chaque pays elle garantirait la souveraineté de chaque peuple et donc la non ingérence dans ses affaires intérieures. Pas de culte des droits de l’homme ou d’ingérence pseudo-humaniste, les régimes en place dans ces pays ne nous intéresse pas tant que les accords économiques entre nations sont respectés. Une fois posé cette base l’objectif premier est une zone de stabilité économique capable de créer  des relations équilibrés entre ses membres

Quelle serait le but de cette zone?

L’objectif premier est de faire de cette zone ce que l’UE aurait du être dès le départ, une simple organisation de coopération économique et non un super-état pseudo-fédéral niant les souverainetés nationales. Un espace ayant une monnaie commune de réserve permettant à chaque membre d’échanger sans avoir besoin de dollars pour acheter ses matières premières  et d’éviter ainsi les effets inflationnistes des plans de relance  américains. Une zone dans laquelle on appliquerait les principes qui étaient inscrits dans le concept keynésien de Bancor. C’est-à-dire une zone de commerce dans laquelle chaque pays est contraint d’équilibrer sa balance des paiements en favorisant par exemple les politiques de relance de la demande intérieure pour les pays excédentaires. Et si cela ne suffit pas en permettant aux pays déficitaires de taxer les produits importés toujours dans une optique d’équilibre des échanges. Les politiques mercantilistes y seraient formellement interdits. Les pays ayant de gros besoin d’investissement et devant importer des usines et des machines outils  pourraient emprunter à taux nul à la banque centrale de la communauté et ainsi éviter les taux d’usure des marchés internationaux. Il faut remarquer que dans le cadre d’une politique d’équilibre des balances des paiements ces emprunts à taux faible ne produiront pas ce qu’ils ont produit dans le cadre de la zone euro, à savoir des bulles immobilières. En effet l’obligation d’équilibrer les échanges poussera les pays emprunteurs à favoriser plutôt les investissements productifs au détriment des investissements spéculatifs provoquant des déficits commerciaux. Dans le même temps cette zone pratiquerait une préférence communautaire en limitant de façon drastique les importations provenant de l’extérieur de la zone monétaire. Nous favoriserions également les transfères technologiques et ferions une politique de grands projets d’investissements à l’échelle de la zone et à long terme. Cette zone serait aussi un moyen d’échapper à l’influence des super-puissances asiatiques et des USA sans pour autant nuire à la souveraineté des peuples membres. C’est véritablement ce qu’aurait du être l’UE si elle n’avait pas eu comme fondateur des anti-étatistes compulsifs comme Jean Monnet dont la responsabilité dans l’échec de la construction a été une nouvelle fois rappelée par Chevènement.

Les avantages à intégrer les pays d’Afrique du nord

On pourrait évidement se contenter des pays latins pour faire une telle zone, mais il n’est pas de l’intérêt de la France de voir le Maghreb continuer à s’enfoncer comme il le fait actuellement. Les tensions que produisent les différentiels de développement, ajoutées à l’influence médiatique et linguistique font que la France ne peut pas ne pas s’inquiéter de la situation de l’Afrique du Nord. De plus c’est également un réservoir important de croissance pour l’avenir, avec un potentiel de 83 millions d’habitants environ et plus de 100 millions en 2050 qui s’ajouteraient au 200 millions d’européens latins. Et comme je le disais précédemment ces pays sont riches en matières premières ce qui faciliterait l’autosuffisance de la zone monétaire ainsi établie.   Bien sûr cette nouvelle union ne sera pas libérale, pas question de refaire les mêmes erreurs qu’avec l’UE. Le but n’est pas de créer un pays, mais simplement de faire une zone d’échange coopérative entre nation avec des objectifs simples, plein emplois, politique d’entre-aide économique et technique, coordination monétaire, grand projet de développement. En bref tout ce que l’Europe ne fait plus depuis qu’elle est devenue un état fédéral sans peuple et bureaucratique. Il n’y aura pas de suppression des frontières ou de libre-circulation des capitaux et des marchandises, mais au contraire des frontières écluses qui garantiront l’égalité dans l’échange entre chaque peuple. Ce sera une espèce de mondialisation locale civilisée et organisée, et non l’anarchie libérale de l’OMC et de la zone euro.

L’autre objectif en plus de l’équilibre des échanges sera bien évidement le plein emploi et une croissance raisonnable. Dans le cas des pays du Maghreb il s’agit là d’un vrai défi. Les taux de chômage dans ces régions étant tout à fait important de l’ordre de 35% pour l’Algérie par exemple, je parle ici du vrai taux et non des chiffres officiels qui sont encore plus bidons qu’en France ou aux USA.  L’Algérie malgré une croissance officielle de 5% n’a pas une dynamique assez grande pour sa jeunesse, il faudra donc une politique plus expansive pour accroître la croissance de ce pays. A l’heure actuelle les banques centrales de ces pays ont calqué leurs politiques sur celle de la BCE et de l’idéologie monétariste. On voit même sur la page wikipedia officielle décrivant la situation économique algérienne, se réjouir d’une inflation maîtrisé à 1.5%, comme si le problème numéro un de l’Algérie était l’inflation et pas l’emploi. Avec l’union méditerranéenne nous pourrions donner l’exemple d’une autre politique monétaire à ces pays et les influencer pour qu’ils portent plus d’intérêt au plein emploi qu’à l’inflation. Le fait que le cœur économique de cette future union soit d’abord la France, l’Italie et l’Espagne rendra la tache assez simple sur ce plan. Car la France et l’Italie ont pendant longtemps eu des politique de dévaluation et d’inflation importante qui s’accompagnait d’une croissance forte et d’un bon développement, en fait en dessous de 3% d’inflation l’ascenseur social français tombe en panne. C’est depuis que les pays latins ont aligné leur monnaie sur les dogmes allemands que ces pays vont mal. Il en va sûrement de même pour les pays d’Afrique du Nord.

Et il ne faut pas oublier que les pays d’Afrique du Nord sont tout autant que nous en concurrence avec l’Asie et que la possibilité d’avoir des marchés protéger de cette concurrence grâce à une protection commune leur donnerait un énorme coup de pouce en matière de croissance et de production industriel. Nous devrions fixer comme objectif un doublement de la croissance de cette région pour juguler le chômage, l’inflation devra être considérée comme secondaire même si elle atteint des taux importants. D’où l’intérêt d’avoir une monnaie commune et non unique pour que ces états puissent régulièrement réaligner leur taux de changes.

La France une place centrale dans l’union méditerranéenne

La France a tout intérêt a créer une telle organisation en lieu et place de cette catastrophe macro-économique que constitue l’UE pour notre pays. En effet dans cette union la France aurait un poids suffisant pour orienter la stratégie commune, elle retrouvera un peu de cette influence qu’elle a perdu au profit de l’Allemagne. Son universalisme naturel pourra s’exprimer pleinement dans l’intérêt de toutes les autres nations de l’union qui ont d’ailleurs des tempéraments économiques semblables. Ensuite ce sera peut-être un moyen pour nous d’enterrer définitivement la période coloniale et de faire la paix avec les immigrés d’Afrique du nord. Les moins intégrés d’entre eux pourraient d’ailleurs être tentés par le retour au pays, si ces derniers arrivaient à s’extraire de leur sous-développement. Ensuite la langue française serait de facto la langue principale de la zone, aucune autre n’ayant une telle présence sur les deux rives de la méditerranée. Cette zone économique, l’ouest  méditerranéen, est notre  espace naturel d’influence et de commerce, il est aberrant que nous l’ayons à ce point oublié. Les villes du sud de la France bénéficieraient également d’un essor du commerce méditerranéen.  Enfin il s’agit aussi de rendre à la méditerranée son rôle historique rompu à l’époque du commerce transatlantique. Cette mer si belle qui fut le berceau de tant de grandes civilisations ne mérite-t-elle pas de redevenir un des grands centres de création et de civilisation de l’humanité? Voila un beau projet post-européen à présenter en lieu et place de la monnaie unique et de l’état pseudo-fédéral européen. Un projet dans lequel les nations ont toutes leur place et dans lequel la France pourra exprimer tout son talent.

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2 Responses to Pour une zone économique euro-méditérannéenne

  1. herbecq dit :

    Je suis tout à fait de votre avis et pour moi il y a deux bassins en méditerrannée dont un va de l’espagne à lItalieen y intégrant les pays du Mahgreb et un autre avec Grèce, Turquie, Chypre, Israël, Egypte,…

  2. Coucou le blog.
    Encore un bon article comme d’habitude. Continuez encore c’est un plaisir de vous relire.
    A très prochainement et une bonne année 2011 !

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