La monnaie, du pouvoir d’achat au pouvoir d’être.

17/12/2012

Philippe Derudder nous fait parvenir ce message important et les vidéos attachées.

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Bonjour toutes et tous

Depuis quelques années, j’ai pris l’habitude de partager avec vous quelque chose pour célébrer la fin de l’année et le commencement de la nouvelle; une réflexion, un texte… Cette année je veux vous offrir un film sur lequel je travaille depuis un an avec l’aide précieuse de quelques amis.
Ce film s’intitule : « La monnaie, du pouvoir d’achat au pouvoir d’être« 
Vous savez que depuis 20 ans j’ai consacré une bonne partie de ma vie à tâcher de comprendre pourquoi l’humanité, en dépit des connaissances et technologies phénoménales dont elle dispose aujourd’hui, reste toujours incapable à établir des conditions de vie de suffisance et de dignité pour tous. Pire, que ce XXIéme siècle s’ouvre sur une crise majeure dont on ne peut encore mesurer l’ampleur des souffrances qu’elle engendrera, est une insulte à l’intelligence.

Sans prétendre détenir la vérité, je partage dans mes livres, conférences et ateliers le fruit de mes recherches et celui de mon propre cheminement; mais cela reste limité. L’idée m’est donc venue d’offrir dans un film une synthèse de ce que j’ai identifié comme étant le fond du fond des problèmes actuels débouchant sur le constat enthousiasmant que tout est là pour réaliser ce monde de suffisance et de dignité, si nous le voulons.
Mais une chose me semble certaine: Pour le moment, l’impasse se referme sur nous car la classe dirigeante mondiale fait tout pour maintenir en place ce qui assure son pouvoir et sa fortune tandis que les peuples s’agitent pour dénoncer ce qu’ils ne veulent plus, sans toutefois savoir  vraiment ce qu’ils veulent, tant le conditionnement qu’ils ont subi étouffe l’imaginaire. Ceci me pousse à croire que la solution est entre les mains des citoyens de ce monde, à condition de les aider à se libérer du conditionnement qui les tient prisonniers

C’est pourquoi mon objectif est que ce film soit le plus possible regardé afin d’informer et d’aider à comprendre que nos problèmes, pourtant vitaux, n’ont que l’épaisseur d’une pensée. Ainsi ai-je choisi de le diffuser gratuitement sur youtube et en trois langues : français, anglais et espagnol.

Pour le moment, seule la version française est disponible. Les deux autres ont encore besoin d’un peu de travail. Toutes les personnes qui l’ont déjà vu l’ont hautement apprécié, mais comme il est riche en informations, elles m’ont conseillé de le découper  en séquences d’une dizaine de minutes chacune. Vous le trouverez donc sous forme de 7 séquences

1/7 –

2/7 –

3/7 –

4/7 –

5/7 –

6/7 –

7/7 –

… je vous invite à le regarder, à votre rythme, et si vous estimez que les informations et messages contenus peuvent contribuer utilement à relever le défi qui est le nôtre, alors merci d’en diffuser le lien à tous vos réseaux et connaissances. Dès que les versions espagnoles et anglaises seront prêtes je vous le dirai aussi pour que vous puissiez prévenir les contacts que vous avez dans les pays parlant ces langues. Ce faisant, pensez à demander à vos contacts  d’en diffuser le lien à leur tour afin que l’effet boule de neige puisse agir.

Maintenant si vous avez envie d’acquérir  la vidéo (contenant le film sous deux formes : séquencée et non séquencée), vous pouvez le commander en ligne sur le site aises.
http://aises-fr.org/260b-liv-monnaie-FR%20achat.html
Il est libre de tous droits de sorte que vous avez l’autorisation de le projeter en public si vous le souhaitez.
Comme vous le comprendrez, nous ne  demandons que le paiement des frais de fabrication, d’emballage et de poste.
Nous apprécierons toutefois une adhésion  ou un don à notre association (bien sur facultatifs) pour nous aider à poursuivre notre action.
http://aises-fr.org/104-adhesion.html

J’espère que ce film contribuera à ouvrir vos horizons. 2012 s’achève. On parle bcp de fin du monde, ou de fin d’un monde. Si l’ancien monde se meurt effectivement, un nouveau est en train de naitre, et beaucoup d’entre nous, souvent sans le savoir, en sont déjà les accoucheurs. J’espère que ce film facilitera cet accouchement.

Bonne fin d’année, joyeuses fêtes et mes meilleurs vœux pour la nouvelle année qu’il nous appartient de rendre belle, chacun à notre niveau.


Un Espace Complémentaire Sociétal, vite !

19/05/2011

Constat

Le système marchand actuel, totalement soumis à la dictature de la finance et du commerce, est confronté à des limites que sa seule logique empêche de dépasser.

L’unique réponse du système se trouve actuellement dans une croissance forte, cependant ses effets sur l’emploi sont non seulement anéantis par l’amélioration constante de la productivité, mais de plus incompatibles avec les exigences écologiques auxquelles l’humanité est confrontée. Face aux fléaux que sont la croissance du chômage, l’amplification des inégalités et les atteintes à l’environnement, il y a urgence ; mais comment orienter la croissance économique vers plus d’emplois, plus de justice sociale, et plus de « durabilité » ?

L’idée vient tout de suite à l’esprit de procéder à des investissements publics massifs, tant pour améliorer le nombre et la qualité des infrastructures disponibles que pour réduire nos consommations d’énergie et limiter ainsi notre dépendance. La perspective de donner de la sorte un « coup de fouet » à l’économie, d’inverser enfin la courbe du chômage, est exaltante, mais… tel un père de famille surendetté… l’enthousiasme qu’une telle proposition peut susciter retombe vite dans un soupir : « Ce serait bien… mais on n’a pas les moyens de se le payer ! « 

Pourtant, nous affirmons que si une collectivité a:
1 – un besoin d’intérêt général ;
2 – la volonté de le satisfaire ;
3 – les moyens techniques et énergétiques ;
4 – un excès de main d’œuvre et le savoir-faire ;

5 – la maîtrise des conséquences écologiques ;

… alors l’argument du manque de financement est fallacieux, car une vraie richesse résultera du travail permis par la création monétaire nécessaire pour le payer, et il ne devrait donc y avoir aucun obstacle à sa réalisation, ni risque d’inflation.

La présente proposition vise à remettre en cause la sempiternelle objection du manque de financement, qui empêcherait de payer des investissements publics pourtant nécessaires. En effet, il existe une différence profonde entre un particulier et un État souverain : un particulier ne peut créer lui même les moyens de paiement qui lui manquent, tandis qu’une collectivité munie des institutions ad hoc dispose de ce pouvoir !

Le présent article a l’ambition de montrer comment la création d’un nouveau dispositif dit « Espace Complémentaire Sociétal »  peut permettre de s’affranchir des obstacles réglementaires dressés par certaines dispositions des Traités européens.  Car il s’agit bien, en effet, de faire surgir un mouvement d’émancipation

Que faire ?

Comme nous ne pourrons pas immédiatement remplacer un système par un autre, nous proposons l’introduction d’un espace économique nouveau, que nous appelons « ECS » (Espace Complémentaire Sociétal), complémentaire au système économique existant. Sa vocation n’est pas la recherche de l’équilibre ou du profit financier mais celle du « bénéfice sociétal ». Il s’attache à la résolution, indifféremment de leur coût financier, des problèmes humains et écologiques que la seule logique capitaliste libérale est incapable de traiter par la nature même du droit des entreprises et des systèmes comptables, et d’orienter les modes de production et de vie vers un modèle soutenable au niveau planétaire.  Cet « espace » a vocation prioritaire de créer des activités qui n’existent pas encore parce qu’elles ne sont pas rentables, en particulier les services qui font cruellement défaut pour permettre à tous une vie digne sur une planète respectée. Le champ est donc immense.

Exemples

Mise en œuvre localement de tout ce qui peut contribuer à réduire la consommation d’énergie et la pollution, mise en œuvre d’alternatives pour le transport des personnes et des marchandises, recherches et mise en place de tout ce qui peut améliorer la résilience de nos organisations, actions pour revivifier nos villages et campagnes désertifiés, entretien des forêts et création de haies vives, nettoyages de cours d’eau, soutiens à l’éducation et à l’enseignement, accompagnements de malades et aide hospitalière, etc.

Comment ?

Un projet sociétal peut être proposé :
– par le conseil municipal à un comité citoyen (dont nous recommandons qu’il soit tiré au sort) pour validation
– ou, par une personne physique ou morale au conseil municipal et comité citoyen
– ou par le comité citoyen lui-même au conseil municipal pour validation.

Si le projet est accepté, il est d’une part chiffré pour permettre l’émission monétaire spéciale nécessaire, et précisé dans ses étapes de réalisation afin de pouvoir apprécier si l’entreprise ou les entreprises chargée(s) de la mise en œuvre atteignent les objectifs sociétaux visés. L’organisme d’émission monétaire (qui pourrait être la Banque de France ou tout autre organisme responsable choisi par la collectivité) émet progressivement la monnaie finançant le projet. Ce système peut être extrapolé au niveau local, régional, national ou international

C’est dans le cadre d’ « Entreprises à Mandat Sociétal » que se libéreront les potentialités créatrices sociétales permettant le bien être de la population travaillant dans ces projets, comme de la population bénéficiaire.

Quelques détails sur le fonctionnement:

1- Les Entreprises à Mandat Sociétal (EMS) ne répondent pas à la logique de profit financier mais à celle du bénéfice sociétal. Elles sont régies par un statut juridique spécifique inspiré de la société coopérative.

2- Les investissements nécessaires à leur activité sont financés par une émission monétaire nationale en «Unités Monétaires Sociétales (UMS)», monnaie créée par l’État ou les collectivités par délégation de pouvoir au niveau des besoins. Elle est permanente (ce n’est pas une monnaie de crédit), électronique et nominative, gratuite (elle ne peut produire d’intérêts), non spéculative, non convertible en devises étrangères ni en euros, mais elle a cours forcé (toute personne, physique ou morale, sur le territoire défini pour cette monnaie doit les accepter en paiement. 1 UMS équivaut à 1 euro dans la zone euro)

Les Unités Monétaires Sociétales ainsi créées se retrouvent au crédit des comptes des entreprises (EMS + fournisseurs des EMS du secteur marchand traditionnel) et au crédit des comptes courants des particuliers (salariés des EMS, mais aussi salariés des entreprises traditionnelles qui, ayant des recettes en Unités Monétaires Sociétales, les utilisent pour leurs dépenses). C’est ainsi que les Unités Monétaires Sociétales circulent dans l’ensemble de la société.

4- Le statut d’EMS peut être attribué, par une procédure d’agrément, tant à un travailleur indépendant qu’à une organisation de plusieurs personnes réparties dans plusieurs établissements.

5- L’EMS commence son activité en constituant le «capital» nécessaire à cette activité (terrains, locaux, matériel, etc…). Elle n’a pas besoin d’argent pour ce faire. Elle choisit un organisme bancaire parmi les banques commerciales existantes, et lui remet une copie du dossier d’agrément qui comporte une estimation chiffrée qui lui servira de référence pour « commander » les fonds nécessaires à l’organisme responsable, et à régler directement les fournisseurs au fur et à mesure de l’avancement des travaux.

6- Une EMS est évaluée par rapport à ses objectifs sociétaux et non ses résultats financiers. C’est pourquoi la procédure d’agrément précise, entre autres, les éléments du « bilan d’activité» qui permettront de déterminer à la fin de la première année la position de l’EMS par rapport aux objectifs prévus. Par la suite, l’EMS présente un bilan prévisionnel en complément du bilan d’activité de l’exercice achevé, pour fixer les objectifs d’évaluation de l’exercice à venir. Les bilans sont constitués par un compte d’exploitation contrôlé par un cabinet comptable, servant principalement à aider la gestion bancaire et le contrôle des flux monétaires, et un rapport qualitatif d’activité sociétale reprenant les éléments d’appréciation qualitatifs dans la forme et selon les modalités prévues. Les éléments qualitatifs sont appréciés par consultation auprès des bénéficiaires de l’activité de l’EMS.

7 – Les activités sociétales sont définies démocratiquement par la Nation :

– Plusieurs commissions nationales composées d’élus, d’ONG représentatives et de citoyens tirés au sort, à nombre égal, travaillant chacune dans son domaine, mais en interaction avec les autres, ont pour mission préalable de définir et lister les critères sociétaux dans l’industrie, l’agriculture, les transports, l’énergie, l’habitat, les services, le commerce, la santé, l’éducation, l’équipement public, le service public, la culture…

– Les critères sont définis en fonction des connaissances du moment et de ce qui est technologiquement réalisable. Ils sont temporaires et révisables pour tenir compte de l’évolution des connaissances et des techniques. Un temps raisonnable est laissé aux acteurs pour actualiser les évolutions.

– Les critères ne sont ni idéalistes ni utopiques ni uniquement conservateurs, mais exigeants et réalisables de façon à encourager largement la dynamique, la rendre accessible et motivante pour tous.

– Les critères ainsi définis, qui deviendront la référence officielle permettant d’attribuer à une activité le statut d’E.M.S, devront être ratifiés par le parlement, les conclusions de celui-ci seront soumises à l’approbation de la Nation.

8 – Les entreprises, tant du secteur sociétal que du secteur marchand traditionnel, peuvent régler indifféremment en euros ou en Unités Monétaires Sociétales l’ensemble de leurs dépenses, (salaires, fournisseurs, impôts et taxes…)

En conclusion

A ceux qui après cette lecture se demanderaient encore comment « l’État paiera », nous leur rappelons qu’il créera les Unités Monétaires Sociétales à hauteur des besoins, comme le font les banques actuellement sur une simple demande de crédit, à la seule différence que l’État, lui, n’a pas besoin de se « facturer » son propre argent et donc enrichit son peuple au lieu de l’appauvrir par le jeu de l’intérêt. Trop simple pour être vrai? Oui, c’est simple ! La seule mise en œuvre de cet espace économique complémentaire permettrait, sans opposer les intérêts des uns et des autres, sans aller prendre dans la poche des uns pour payer les autres, de résoudre en quelques années seulement des problèmes majeurs auxquels se heurte l’humanité. Ce qui nous sidère en réalité, c’est de voir combien l’homme butte sur un problème qu’il crée lui-même en rendant artificiellement rare ou en dévoyant un argent qui n’a plus de limite physique. Cette rareté n’est en fin de compte que le reflet de notre « pauvreté de conscience ». Depuis des siècles elle enferme l’homme dans une logique de « sauve-qui-peut ». Une solution est là, à portée de main et oui, il suffit de la vouloir c’est tout. Mais c’est cela qui est difficile. Puisse la mémoire de Théodore Monod nous rappeler que « l’utopie est simplement ce qui n’a pas encore été essayé! »

D’après Philippe Derudder, André-Jacques Holbecq,
« Une Monnaie Nationale Complémentaire » (ed Yves Michel)

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Vous pouvez télécharger un tract à diffuser, en format pdf , en format open office, et en format word


Les 10 plus gros mensonges sur l’économie

22/06/2010

J’ai le plaisir de vous annoncer la sortie de la nouvelle édition entièrement actualisée des « 10 plus gros mensonges sur l’économie » ( éd.Dangles) mi juin.
En cette période où nos élites mondiales pensent régler la dette en s’endettant plus encore, et à relancer la croissance par l’austérité, n’est-il pas temps de se demander ce qui conduit à effacer tout bon sens au cœur de cette supposée science qu’est l’économie ?
Nous avons reçu beaucoup de courrier de lecteurs qui tenaient à nous dire combien ce livre les avait éclairé. Alors si vous vous posez des questions sur notre « folle » époque, ce livre vous aidera sans doute à trouver quelques réponses et à vous libérer du discours ambiant.

Vous trouverez ci dessous un extrait tiré de la conclusion pour vous donner un aperçu
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Extrait tiré de la conclusion de

Les 10 plus gros mensonges sur l’économie

éditions Dangles 2010

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Alors lisons un peu l’actualité au travers du prisme des vérités déclinées et contredites dans dans ce livre.

– En premier, crise des « subprime » milieu 2007. Des prêts hypothécaires sont consentis à une population insolvable sur la seule foi que tout le monde non seulement retrouvera ses billes mais en gagnera plus grâce aux plus-values prévisibles d’un marché immobilier dopé par cette demande nouvelle.

–  En second, une titrisation avec effet de levier permet de refiler aux investisseurs, avec gros profit au passage, des pochettes surprises supposées contenir des actif sûrs que donc tout le monde s’arrache.

–  En troisième, le conte de fée s’achève brutalement; le carrosse de Cendrillon se transforme en citrouille. La faillite menace tout le système bancaire qui s’était gavé de ces actifs pourris.

–  En quatrième, le public (habituellement responsable de tous les maux aux dires du privé) se porte au secours des joueurs de casino en creusant un peu plus le déficit des Nations. Les joueurs (quoi que tancés par les chefs d’Etats et de gouvernement qui rivalisent d’effets de manche et de déclarations solennelles courroucées… paroles … paroles) retournent à leur table de jeu en commençant par se verser les bonus qu’ils « méritaient ».

–  En cinquième, le transfert de la dette privée vers le public porte les feux de la rampe sur la profondeur abyssale des dettes souveraines laissant prévoir que certains pays (Les PIIGS1, de ce joli nom évocateur qui leur a été attribué pour les désigner : Portugal – Ireland – Italy – Greece – Spain) pourraient être défaillants

Trois choses sont à noter:

1) La crise des subprime n’aurait certainement pas pu se produire si les banques commerciales n’avaient pas eu la possibilité de créer la monnaie par la monétisation d’actifs comme nous l’avons expliqué. Car si les banques on fait faillite c’est parce qu’elles ont pu inscrire à leur actif des valeurs qui ne correspondaient en rien à la réalité. Elles ont pu gagner des sommes considérables2 tant que les pochettes surprises restaient fermées en laissant planer la promesse de profits, mais évidemment tout s’est effondré le jour où il fut découvert qu’elles étaient vides.

2) Les dettes souveraines n’auraient jamais atteint les niveaux quelles ont si les nations n’avaient pas été contraintes (par suite de décisions politiques sous la pression du lobby financier, sans consultation des peuples) d’emprunter leur propre monnaie sur les marchés financiers, les exposant d’une part à la spéculation comme on le voit actuellement et les enlisant progressivement sous le poids cumulatif des intérêts d’autre part3.

3) Malgré l’intensité des coups de semonce, l’idéologie n’est à aucun moment remise en question. Les yeux restent exclusivement rivés sur les performances des marchés. Car l’idéologie repose sur la croyance que l’économie mondiale dépend des « investisseurs » qui détiennent les capitaux dont elle a besoin.

–    Voit-on une seconde que l’humanité est prise en otage et soumise aux caprices de cette « élite » dont les profits sont le plus souvent inversement proportionnels à l’utilité sociale et écologique de leurs placements?

–    Perçoit-on que l’on s’enferme dans une dynamique qui se traduit par un transfert croissant de la richesse mondiale vers les plus riches?

–    Réalise-t-on que l’on ne fait que reculer pour mieux sauter? Car vous observerez que s’agissant des subprimes ou des dettes souveraines, le fond de ces crises, c’est l’endettement privé et public. Et quelle mesure prennent les États Unis et L’Europe ? S’endetter plus encore. Étrange remède que celui qui consiste à donner au malade plus de ce même poison que celui qui a affecté sa santé. Il faut croire que les milliards que nos prestidigitateurs font pleuvoir sur nos têtes ont un effet secondaire immédiat euphorisant au point de provoquer la paralysie des neurones du bon sens. Ou succombe-t-il tout simplement aux charmes de la communication subtile utilisée qui sait choisir les mots que le bon peuple espère. Sauver la Grèce, sauver l’Europe, sauver l’Euro ! Vraiment ? Comme le souligne Frédéric Lordon sur le blog du Monde Diplo en date du 11 mai 20104 « même les plus épais des commentateurs autorisés se sont aperçus que les sommes énormes péniblement assemblées pour « sauver la Grèce » sont en fait destinées à sauver les investisseurs. Banques, fonds et autres créanciers internationaux sont en effet les heureux récipiendaires de fait de leffort des citoyens grecs et des fonds publics européens ».

Car vous n’aurez pas été sans remarquer que ce « sauvetage » a un prix : l’austérité!… Autre terme synomyme des « ajustements structurels » qui ont été imposés aux pays du sud pour les « aider » à rembourser leur dette au FMI et à la Banque mondiale, et qui étaient sensés les conduire sur la voie de la prospérité. La constance dans l’absurde a quelque chose d’admirable puisqu’en dépit de près de 40 ans d’échec de la formule, on y croit encore!

Echec ? Absurde ? Et si au contraire on parlait d’une machine bien huilée. Car tout dépend du but poursuivi. Si c’est celui d’un mieux être pour tous, alors oui, on patauge dans l’absurde. Mais si c’est celui de la défense prioritaire des intérêts des investisseurs… Là on renoue avec le bon sens. C’est qu’ils ne s’y trompent pas les bougres ! Ils savent fort bien que la fuite en avant de la dette a sa limite. Pour que la pompe à fric soit pérenne, le malade doit comprendre que la main de ses bienfaiteurs doit être remplie pour continuer à bénéficier de ses largesses. Telle est la vérité insolente qu’on nous sert tous les jours. Deux poids deux mesures. Les peuples au pain sec, les ortolans aux banques sur la seule foi que sans elles il n’y aurait même plus de pain sec. Qu’une telle vérité, ou plutôt qu’un tel mensonge appartienne au monde de la finance, passe encore puisque son unique vocation est de s’enrichir, mais que les dirigeants politiques mondiaux y souscrivent, il n’y a pour cela pas un qualificatif à la hauteur de leur aveuglement coupable ou de leur vilainie servile.

–  Comment ne voient-ils pas que la clé ne peut résider dans un endettement infini qui asservit leurs peuples sous un joug toujours plus pesant?

–    Comment ne réalisent-ils pas qu’à ce jeu ils ne trouveront jamais les moyens de financer les défis humains et écologiques propres à notre siècle et qui réclament pourtant une attention urgente?

–    Comment peuvent-ils rester fermés à l’évidence que si une collectivité a un besoin, la volonté de le satisfaire, les moyens techniques et énergétiques, un excès de main d’œuvre et le savoir-faire, l’impossibilité alléguée du manque de financement est une mauvaise excuse puisqu’une vraie richesse équilibre « le bilan » de la création monétaire éventuellement nécessaire pour la réaliser.

–    Comment peuvent-ils se rendre aveugles aux signaux de plus en plus pressants qui les invitent à rendre leurs pays indépendants des marchés ? Est-ce la puissance de leur endoctrinement ou pour faire oublier que ceux sont eux qui ont sciemment sacrifié cette indépendance?

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1      PIIGS (prononcé pigs) signifie « cochon » en anglais

2      Il y a 25 ans les profits (bénéfices) des établissements de crédit représentaient 5% de l’ensemble des profits des entreprises françaises. Aujourd’hui, c’est presque 50% ! A peu près identique aux États Unis.

3    Pour vous donner une idée; en euros constants 2009, entre le 31 décembre 1999 et le 31 décembre 2009, la dette publique française à cru de 534 Md€ et pendant ce temps là nous avons payé en intérêts sur la dette un total de 505 Md€ !!! Malgré la très mauvaise année 2009 … La dette « sans intérêts » n’aurait augmenté que de 29 milliards d’euros

4    Frédéric Lordon est économiste, directeur de recherche au CNRS et chercheur au Centre de sociologie européenne (CSE). Il intervient régulièrement dans les colonnes du journal le Monde Diplomatique. La présente citation est extraite de son article « sauver les banques, jusqu’à quand » 

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Deux autres livres ont été actualisés et ré édités en 2009 :
« La dette publique, une affaire rentable »
« Les aventuriers de l’Abondance » (Roman pour ceux qui préfèrent ce genre de lecture)
– et que André-Jacques Holbecq a publié également en 2009 « Argent dettes et banque »
Ces 3 livres sont aux éditions Yves Michel.