Pour une zone économique euro-méditérannéenne

10/01/2011

Article de Yann, paru le 7 janvier 2011 sur son blog sous le titre « L’hypothèse de l’union méditerranéenne« 

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Alors que l’UE et la zone euro s’enfoncent dans une crise structurelle et que l’hypothèse de l’éclatement de l’euro est de plus en plus probable, nous voyons en même temps les pays du sud de la méditerranée  s’embraser à cause du chômage et de la précarité grandissante. La hausse du niveau scolaire dans ces pays commence, semble-t-il, à avoir les effets que nos propres pays ont connu précédemment, baisse de la fécondité et revendication politique et salariale plus forte. Les prévisions de Todd révèlent ici leurs validités la hausse du niveau scolaire étant bien à l’origine des mouvements révolutionnaires et politiques. On pourrait voir ici une juxtaposition de crises, le pourtour méditerranéen devenant une zone désindustrialisée et condamné à des violences et à une paupérisation progressive du Nord  au Sud. Le Nord plongé dans le marasme de l’euro et du libre-échange intégrale, le Sud à cause également du libre-échange mais avec en plus un dynamisme démographique qui produit cumulé à cela un chômage tout à fait exceptionnel. Cependant on pourrait également imaginer cette situation comme étant un moment d’opportunité historique afin de rebondir à long terme. Quelques économistes ont avancé il y a peu l’hypothèse d’une coupure en deux de la zone euro, une zone latine et une zone germanique chacune ayant leur propre monnaie. C’était notamment l’une des propositions de Patrick Artus dont j’avais parlé dans ce texte. Cette hypothèse pourrait sembler intéressante sous certains aspects mais l’on s’aperçoit bien vite que si ces zones sont relativement plus homogènes que la zone euro actuelle, il y aura quand même à l’intérieur des hétérogénéités économiques trop grandes pour permettre un fonctionnement correcte  sous une organisation similaire à celle de l’UE actuelle.

En réalité c’est l’organisation même de la construction européenne qu’il faut revoir et à titre personnel je vois l’UE comme un brouillon raté que l’on ferait mieux d’abandonner pour construire autre chose à la place. Et c’est là que la question des pays du Maghreb entre en jeu. Il est évident que les difficultés dans ces pays sont aussi les notre ne serait-ce qu’à cause  des risques d’afflux migratoires déjà excessif sur notre sol, et qui, s’ils s’accroissaient à cause d’une déstabilisation grave de l’Algérie ou du Maroc, pourraient produire des  drames. Ce faisant nous pourrions imaginer comme projet pour la France et pour les futurs-ex membres latins de l’UE un avenir dans une structure commune avec ces pays. Une structure économique évidement très différente dans son fonctionnement de celle de l’UE, car les écarts de niveau de vie ne permettrait pas plus l’intégration sous cette forme qu’elle ne l’a permis avec l’UE actuelle. Mais il s’agirait ici d’une forme de complémentarité économique favorable car ces pays sont de grands producteurs de matières premières ce qui faciliterait une économie plus autocentrée de la zone, en attendant l’inéluctable sortie du pétrole qu’il nous faudra bien enclencher un jour ou l’autre.

Pour une zone de commerce équilibré et de développement euro-méditerranéenne

La zone aurait une limite que l’on pourrait rapprocher géographiquement de l’ancien empire Romain d’occident en incluant la France, l’Italie, l’Espagne, la Grèce, la Belgique (ou ce qu’il en restera si le pays éclate), le Portugal et pourquoi pas la Suisse et les Pays-Bas. Pour la partie Africaine nous aurions le Maroc, l’Algérie, la Tunisie et pourquoi pas la Libye. Cette union laissant une large autonomie à chaque pays elle garantirait la souveraineté de chaque peuple et donc la non ingérence dans ses affaires intérieures. Pas de culte des droits de l’homme ou d’ingérence pseudo-humaniste, les régimes en place dans ces pays ne nous intéresse pas tant que les accords économiques entre nations sont respectés. Une fois posé cette base l’objectif premier est une zone de stabilité économique capable de créer  des relations équilibrés entre ses membres

Quelle serait le but de cette zone?

L’objectif premier est de faire de cette zone ce que l’UE aurait du être dès le départ, une simple organisation de coopération économique et non un super-état pseudo-fédéral niant les souverainetés nationales. Un espace ayant une monnaie commune de réserve permettant à chaque membre d’échanger sans avoir besoin de dollars pour acheter ses matières premières  et d’éviter ainsi les effets inflationnistes des plans de relance  américains. Une zone dans laquelle on appliquerait les principes qui étaient inscrits dans le concept keynésien de Bancor. C’est-à-dire une zone de commerce dans laquelle chaque pays est contraint d’équilibrer sa balance des paiements en favorisant par exemple les politiques de relance de la demande intérieure pour les pays excédentaires. Et si cela ne suffit pas en permettant aux pays déficitaires de taxer les produits importés toujours dans une optique d’équilibre des échanges. Les politiques mercantilistes y seraient formellement interdits. Les pays ayant de gros besoin d’investissement et devant importer des usines et des machines outils  pourraient emprunter à taux nul à la banque centrale de la communauté et ainsi éviter les taux d’usure des marchés internationaux. Il faut remarquer que dans le cadre d’une politique d’équilibre des balances des paiements ces emprunts à taux faible ne produiront pas ce qu’ils ont produit dans le cadre de la zone euro, à savoir des bulles immobilières. En effet l’obligation d’équilibrer les échanges poussera les pays emprunteurs à favoriser plutôt les investissements productifs au détriment des investissements spéculatifs provoquant des déficits commerciaux. Dans le même temps cette zone pratiquerait une préférence communautaire en limitant de façon drastique les importations provenant de l’extérieur de la zone monétaire. Nous favoriserions également les transfères technologiques et ferions une politique de grands projets d’investissements à l’échelle de la zone et à long terme. Cette zone serait aussi un moyen d’échapper à l’influence des super-puissances asiatiques et des USA sans pour autant nuire à la souveraineté des peuples membres. C’est véritablement ce qu’aurait du être l’UE si elle n’avait pas eu comme fondateur des anti-étatistes compulsifs comme Jean Monnet dont la responsabilité dans l’échec de la construction a été une nouvelle fois rappelée par Chevènement.

Les avantages à intégrer les pays d’Afrique du nord

On pourrait évidement se contenter des pays latins pour faire une telle zone, mais il n’est pas de l’intérêt de la France de voir le Maghreb continuer à s’enfoncer comme il le fait actuellement. Les tensions que produisent les différentiels de développement, ajoutées à l’influence médiatique et linguistique font que la France ne peut pas ne pas s’inquiéter de la situation de l’Afrique du Nord. De plus c’est également un réservoir important de croissance pour l’avenir, avec un potentiel de 83 millions d’habitants environ et plus de 100 millions en 2050 qui s’ajouteraient au 200 millions d’européens latins. Et comme je le disais précédemment ces pays sont riches en matières premières ce qui faciliterait l’autosuffisance de la zone monétaire ainsi établie.   Bien sûr cette nouvelle union ne sera pas libérale, pas question de refaire les mêmes erreurs qu’avec l’UE. Le but n’est pas de créer un pays, mais simplement de faire une zone d’échange coopérative entre nation avec des objectifs simples, plein emplois, politique d’entre-aide économique et technique, coordination monétaire, grand projet de développement. En bref tout ce que l’Europe ne fait plus depuis qu’elle est devenue un état fédéral sans peuple et bureaucratique. Il n’y aura pas de suppression des frontières ou de libre-circulation des capitaux et des marchandises, mais au contraire des frontières écluses qui garantiront l’égalité dans l’échange entre chaque peuple. Ce sera une espèce de mondialisation locale civilisée et organisée, et non l’anarchie libérale de l’OMC et de la zone euro.

L’autre objectif en plus de l’équilibre des échanges sera bien évidement le plein emploi et une croissance raisonnable. Dans le cas des pays du Maghreb il s’agit là d’un vrai défi. Les taux de chômage dans ces régions étant tout à fait important de l’ordre de 35% pour l’Algérie par exemple, je parle ici du vrai taux et non des chiffres officiels qui sont encore plus bidons qu’en France ou aux USA.  L’Algérie malgré une croissance officielle de 5% n’a pas une dynamique assez grande pour sa jeunesse, il faudra donc une politique plus expansive pour accroître la croissance de ce pays. A l’heure actuelle les banques centrales de ces pays ont calqué leurs politiques sur celle de la BCE et de l’idéologie monétariste. On voit même sur la page wikipedia officielle décrivant la situation économique algérienne, se réjouir d’une inflation maîtrisé à 1.5%, comme si le problème numéro un de l’Algérie était l’inflation et pas l’emploi. Avec l’union méditerranéenne nous pourrions donner l’exemple d’une autre politique monétaire à ces pays et les influencer pour qu’ils portent plus d’intérêt au plein emploi qu’à l’inflation. Le fait que le cœur économique de cette future union soit d’abord la France, l’Italie et l’Espagne rendra la tache assez simple sur ce plan. Car la France et l’Italie ont pendant longtemps eu des politique de dévaluation et d’inflation importante qui s’accompagnait d’une croissance forte et d’un bon développement, en fait en dessous de 3% d’inflation l’ascenseur social français tombe en panne. C’est depuis que les pays latins ont aligné leur monnaie sur les dogmes allemands que ces pays vont mal. Il en va sûrement de même pour les pays d’Afrique du Nord.

Et il ne faut pas oublier que les pays d’Afrique du Nord sont tout autant que nous en concurrence avec l’Asie et que la possibilité d’avoir des marchés protéger de cette concurrence grâce à une protection commune leur donnerait un énorme coup de pouce en matière de croissance et de production industriel. Nous devrions fixer comme objectif un doublement de la croissance de cette région pour juguler le chômage, l’inflation devra être considérée comme secondaire même si elle atteint des taux importants. D’où l’intérêt d’avoir une monnaie commune et non unique pour que ces états puissent régulièrement réaligner leur taux de changes.

La France une place centrale dans l’union méditerranéenne

La France a tout intérêt a créer une telle organisation en lieu et place de cette catastrophe macro-économique que constitue l’UE pour notre pays. En effet dans cette union la France aurait un poids suffisant pour orienter la stratégie commune, elle retrouvera un peu de cette influence qu’elle a perdu au profit de l’Allemagne. Son universalisme naturel pourra s’exprimer pleinement dans l’intérêt de toutes les autres nations de l’union qui ont d’ailleurs des tempéraments économiques semblables. Ensuite ce sera peut-être un moyen pour nous d’enterrer définitivement la période coloniale et de faire la paix avec les immigrés d’Afrique du nord. Les moins intégrés d’entre eux pourraient d’ailleurs être tentés par le retour au pays, si ces derniers arrivaient à s’extraire de leur sous-développement. Ensuite la langue française serait de facto la langue principale de la zone, aucune autre n’ayant une telle présence sur les deux rives de la méditerranée. Cette zone économique, l’ouest  méditerranéen, est notre  espace naturel d’influence et de commerce, il est aberrant que nous l’ayons à ce point oublié. Les villes du sud de la France bénéficieraient également d’un essor du commerce méditerranéen.  Enfin il s’agit aussi de rendre à la méditerranée son rôle historique rompu à l’époque du commerce transatlantique. Cette mer si belle qui fut le berceau de tant de grandes civilisations ne mérite-t-elle pas de redevenir un des grands centres de création et de civilisation de l’humanité? Voila un beau projet post-européen à présenter en lieu et place de la monnaie unique et de l’état pseudo-fédéral européen. Un projet dans lequel les nations ont toutes leur place et dans lequel la France pourra exprimer tout son talent.

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Allais: la rupture de 1974

09/10/2010

Extraits du livre de Maurice Allais (ed Clément Juglar 2007)

« La mondialisation, la destruction des emplois et de la croissance »

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1974 ; UNE ANNÉE DE RUPTURE

L’année 1974 apparaît comme une année de rupture entre la période 1950-1974 de prospérité continue et la période 1974-1997 essentiellement marquée par une croissance massive du chômage, une diminution considérable des effectifs industriels, et une très forte réduction de la croissance.

La rupture de l’année 1974 peut être illustrée par quelques graphiques très significatifs représentant respectivement les évolutions de 1950 à 1997 du chômage au sens du BIT, du sous-emploi total (qui tient compte du traitement social du chômage), de leurs taux par rapport à la population active, des emplois dans l’industrie et de leur pourcentage dans la population active, et du produit intérieur brut réel global et par habitant.

La représentation correspond à la période 1950-1997 et à la situation telle qu’elle se constate au début de 1999 au regard des données statistiques effectivement disponibles.

On constate que les nouveaux points représentés en gras se placent effectivement au voisinage des tendances calculées en 1994 et correspondant à la période 1974-1993. Le plus souvent les nouveaux points se placent presque exactement sur les tendances calculées en 1994.

En fait, les tendances des périodes antérieure et postérieure à 1974 sont profondément différentes.

La période 1974-1997 est marquée par la destruction des emplois, la destruction de l’industrie, et la destruction de la croissance.

Le chômage au sens du BIT

Sur le Graphique I représentatif de 1950 à 1993 du chômage C au sens du BIT la Cassure de 1974 apparaît particulièrement nette au regard de l’évolution locale observée de 1950 à 1974 et représentée par l’interpolation parabolique en traits fins

De 1950 à 1974 le nombre de chômeurs au sens du BIT a crû de 340 à 630 mille en passant par un minimum de l’ordre de 180 mille aux environs de 1957.

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Jacques Sapir : Projet pour une rupture décisive

19/09/2010

Ce billet est recopié du site de Bertrand Renouvin qui introduit ainsi cet article : « Jacques Sapir m’a adressé la conclusion d’un livre sur la “déglobalisation” qui paraîtra aux éditions du Seuil au début de l’année prochaine. Ce texte énonce des propositions qui doivent nourrir le débat sur les nouvelles orientations de la politique française. Je souhaite que mes lecteurs y contribuent sur ce blog ainsi que sur le site Marianne2 qui publie également les analyses et les propositions de Jacques Sapir dans leur intégralité. »

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La France a tout misé depuis près de trente ans, sur des solutions coordonnées. Qu’il s’agisse de l’Euro ou des règles du marché international, elle a délibérément abandonné tout moyen d’agir et renoncé à une politique nationale. Sans chercher à juger sur le fond, remarquons qu’une telle attitude fait de nous le dindon de la farce car elle n’a de sens que si existe au niveau international une volonté commune pour faire triompher des solutions collectives. Or, cette dernière volonté est absente, à l’évidence. Ce sont bien des politiques nationales que suivent les autres pays, n’en déplaise à nos dirigeants présents et passés.

Cette volonté collective est même absente au sein de l’Europe, qui aujourd’hui meurt de la transposition à 27 pays du cadre imaginé pour en gérer 5 à 10, et où il faut constater la montée des égoïsmes nationaux, et en premier lieu celui de l’égoïsme allemand.

L’Europe est d’ailleurs moins une solution qu’une partie du problème. D’après les discours tenus par ses thuriféraires, elle est censée nous protéger de la globalisation. Elle a été au contraire un puissant vecteur de la globalisation, qu’il s’agisse de la globalisation marchande ou de la globalisation financière. Aujourd’hui, on peut démontrer que l’Euro a, en raison de son mode actuel de fonctionnement et d’organisation, accéléré la contamination des banques européennes par les produits dits « toxiques » en provenance du marché américain. C’est bien par la dépression relative engendrée par l’Euro, combinée avec la règle de l’ouverture et le primat de la concurrence qui règne sur l’Europe, que les banques européennes ont été poussées à prendre, directement ou indirectement, de grandes quantités de ces titres. Bien entendu, si l’on avait suivi une politique différente, si la zone Euro avait adoptée une politique monétaire favorisant une forte croissance et si l’on avait introduite aux frontières de cette zone les contrôles de capitaux nécessaires, le bilan que l’on pourrait tirer de ces dernières années pourrait être différent. Mais il n’en a rien été et il est trop tard pour le regretter.

Si la coopération et la coordination des politiques peuvent être avantageuses, encore faut-il que cette coopération et cette coordination soient au service d’un objectif commun. Dès lors nous voyons le dilemme dans lequel se trouve notre pays. S’il persiste dans la voie qu’il s’est fixée depuis le début des années quatre-vingt, il va clairement à la ruine. Peut-il tout seul espérer rompre avec ces politiques ? Et peut-il espérer convaincre ses partenaires de changer de politique ?

On oppose alors l’action unilatérale à l’action concertée. Mais, c’est un magnifique contresens, produit tant par une pression idéologique qui veut nous faire abaisser notre pays et magnifier les autres (comme en témoignent les discours sur le « mal » ou le « retard » français), que par l’abandon ou l’absence de toute réflexion logique. Il faut ici le réaffirmer : action unilatérale et action concertée sont au contraire profondément liées. L’action concertée démultiplie les effets de l’action unilatérale, et cette dernière permet de dépasser les blocages qui surgissent dans l’action concertée en imposant des modifications de contextes, et donc de priorités, aux autres décideurs.

Ainsi, c’est en articulant les deux, en les plaçant au service d’objectifs ambitieux, que l’on pourra trouver la solution à la crise, à la fois économique, mais aussi politique et en fin de compte morale que nous connaissons.

Les problèmes de l’heure.

Il faut alors revenir sur l’identification des problèmes. Nous sommes étouffés, et avec nous le cœur de l’Europe mais aussi par extension les principaux pays y compris dans ce que l’on appelait hier encore le « Tiers-Monde » par la combinaison de la globalisation marchande (pour faire court, le libre-échange et ses conséquences) et de la globalisation financière. Ces deux aspect du mouvement général que l’on nomme la globalisation ont atteint, dans leurs excès, leurs propres limites. Il n’est pas niable que les vingt ou trente prochaines années sont appelées à voir la globalisation régresser, comme se retire le flot d’une marée. Mais, ce retrait peut prendre bien des formes. Il sera de toute manière le produit d’une action humaine et non d’on ne sait quelles « forces » quasi-mythiques et surnaturelles. Il nous revient de savoir qu’en faire.

La globalisation marchande se matérialise aujourd’hui par trois grands phénomènes dont les effets s’additionnent.

Nous avons la pression concurrentielle qu’exerce la montée en puissance économique et commerciale de la Chine. Notons ici que cette pression ne provient pas de la croissance chinoise en tant que telle, qui est une bonne chose, mais de l’orientation du modèle chinois vers les exportations et de l’ouverture à laquelle nous nous contraignons. Ce qui est dangereux est ce modèle d’une croissance qui est largement extravertie. Il serait compréhensible pour Singapour ; il ne l’est pas pour la Chine. D’autres modèles de développement sont parfaitement à la portée des chinois, et c’est vers eux qu’il va falloir les orienter. Un pays de plus d’un milliard et demi d’habitants dispose d’un marché intérieur amplement suffisant pour porter sa croissance légitime. Le même raisonnement s’applique à cet autre pays immense qu’est l’Inde.

Ensuite, nous avons au sein de l’Union Européenne le problème posé par la stratégie adoptée par les pays « nouveaux entrants », avec la complicité des dirigeants politiques et des grandes entreprises de l’Europe occidentale. Cette stratégie reproduit, à l’échelle européenne, les effets de la stratégie économique chinoise, mais avec des effets encore plus contrastés sur les populations de ces pays qui ne profitent qu’à la marge de ce qu’elles nous enlèvent.

Enfin, nous avons le problème de la stratégie allemande. Ce pays a tout misé sur sa capacité à exporter dans le même temps ou il se financiarisait. C’est un choix dangereux qui désormais le met à la merci des fluctuations de l’économie mondiale. Il est aujourd’hui obligé de se concentrer sur l’Union européenne car sa balance commerciale avec les pays émergents est en train d’être déficitaire.

Trois choses sautent aux yeux à la lecture du tableau 1. Tout d’abord, l’excédent commercial réalisé sur les 6 premiers pays européens (France, Royaume-Uni, Autriche, Belgique, Espagne, Italie) est considérable. Il représente environ 103 milliards d’Euros, sur un total d’environ 116 milliards. Si l’on ne considère que la France, l’Espagne et l’Italie, nous obtenons déjà près de 51 milliards d’Euros d’excédents.

Ensuite, il faut y ajouter la faiblesse relative de l’excédent sur les Etats-Unis. Avec 18 milliards d’Euros, nous sommes à un montant inférieur non seulement à la France (27 milliards) mais aussi au Royaume-Uni et même à l’Autriche. Ceci indique bien à quel point les excédents allemands sont régionalement concentrés. Ils sont réalisés pour les trois-quarts sur les pays de l’Union européenne.

Enfin, et ce point est aussi important que les deux autres, on s’aperçoit que l’Allemagne est en déficit vis-à-vis de la République Tchèque, de la Slovaquie et de la Hongrie. Pourtant, ces pays sont en retard économiquement, et ne produisent pas de matières premières. Ici, ce que nous voyons, c’est le processus du basculement du Made in Germany vers le Made by Germany. L’Allemagne délocalise massivement la production des sous-ensembles industriels chez ses voisins immédiats de l’Europe Centrale et ne conserve que l’assemblage final, vendant alors aux autres pays des produits qui incorporent l’effet des productions à forte productivité mais bas coûts des sous-traitants.

Tableau 1

Solde commerciale de l’Allemagne en 2009, en milliards d’Euros.

Exportations Importations Solde
France 81,941 54,559 27,382
Royaume Uni 53,156 33,174 19,982
Autriche 48,235 29,084 19,151
Belgique 42,156 29,242 12,914
Espagne 31,296 19,257 12,040
Italie 51,050 39,684 11,367
Pologne 31,626 22,768 8,858
Suède 15,879 10,417 5,462
Grèce 6,657 1,854 4,804
Danemark 13,271 10,443 2,828
Portugal 6,173 3,555 2,618
Luxembourg 4,653 2,849 1,803
Finlande 7,100 5,330 1,770
Roumanie 6,702 5,276 1,426
Estonie 0,975 0,374 0,601
Bulgarie 1,948 1,381 0,567
Lettonie 0,869 0,408 0,462
Chypre 0,630 0,175 0,455
Lituanie 1,457 1,167 0,291
Slovénie 3,148 3,087 0,061
Malte 0,317 0,258 0,059
Slovaquie 6,733 7,379 -0,646
Hongrie 11,932 14,115 -2,183
République Tchèque 22,636 24,909 -2,273
Pays-Bas 54,142 58,044 -3,902
Irlande 3,712 13,848 -10,137
Total Europe 508,395 392,637 115,758
Etats-Unis 51,474 33,338 18,137

Source : Comptes Nationaux Allemands

Ainsi peut-on comprendre pourquoi il n’est pas contradictoire de dire dans la même phrase que l’Allemagne s’affirme comme exportatrice de biens industriels et qu’elle se désindustrialise. L’évolution des chiffres de l’emploi industriel en Allemagne confirme cette tendance d’une désindustrialisation du pays. Socialement, ceci a pour effet de faire baisser relativement, mais aussi parfois de manière absolue, les salaires ouvriers et employés. L’Allemagne va peut-être bien mais sa population vit de plus en plus mal, à l’exception du 1% le plus riche qui, à une échelle moindre qu’aux Etats-Unis mais de manière plus importante qu’en France, accumule toujours plus de richesse. Avec plus de 12% du revenu national, ce 1% le plus riche a même dépassé le niveau historique de la fin des années vingt et du début des années trente et se rapproche dangereusement des niveaux qui avaient été atteints en 1936 et 1937 du temps du nazisme.

Ceci est aussi le produit de l’Euro, qui constitue en lui-même un nouveau problème, et nous conduit à l’impact de la globalisation financière. À travers la libéralisation de la finance, le poids des activités spéculatives s’est accru tant pour les pays dits émergents que pour l’ensemble des pays développés. On le voit aussi en Allemagne où l’on assiste à la fois au développement accéléré du système bancaire mais aussi sa déconnexion croissante avec les activités de l’économie réelle. L’emballement de la finance en Allemagne est une affaire qui date du milieu des années quatre-vingt-dix. L’Euro, présenté comme une ligne de défense face à la globalisation, en a au contraire accéléré les effets. Il a été construit sur un compromis entre le pays dont la monnaie était la plus forte, l’Allemagne et les autres partenaires. L’Allemagne consentait à mettre dans la corbeille de mariage ses taux d’intérêts, qui étaient à l’époque plus faibles que ceux de ses voisins, en contre partie de l’ouverture de leurs marchés aux exportations allemandes sans risque d’une soudaine dévaluation. Telle est bien la raison d’être profonde de l’Euro, et non la théorie des zones monétaires à la Robert Mundell, que l’on a en permanence tordu dans un sens ou dans l’autre pour justifier ce qui était un immense marchandage[1]. Or, depuis la fin de 2007, le marché est rompu (Graphique 1).

Graphique 1

Source : Agence France Trésor, 6 septembre 2010, URL : http://www.aft.gouv.fr/article_146.html

Les taux entre l’Allemagne et ses voisins ont recommencé à diverger, et parfois, comme aujourd’hui pour la Grèce, l’Irlande et le Portugal, de manière dramatique. Même pour des pays considérés comme présentant (pour l’instant) de faibles risques tels la France, on voit les taux augmenter régulièrement.

Ce compromis était une nécessité absolue pour l’Allemagne, et l’on peut comprendre ainsi que ce soit elle, par la voix du Chancelier de l’époque, Helmuth Köhl, qui ait demandé à ce que l’Euro soit une monnaie unique et non, comme on le proposait à l’époque une monnaie commune. Tous les discours qui, par la suite, ont cherché à justifier ce basculement d’une solution raisonnable (la monnaie commune) à une solution déraisonnable (la monnaie unique), au prétexte d’une avancée vers une Europe Fédérale n’ont été que des justifications plus ou moins alambiquées et controuvées de ce fait.

Aujourd’hui, il est patent que le compromis initial est mort. L’Allemagne a clairement tiré tout le profit, et même plus, qu’elle pouvait tirer du marché de ses voisins. Par ailleurs l’Euro est devenu un facteur de blocage pour des politiques visant à mieux se protéger contre la spéculation financière.

Les objectifs

Il faut ici le rappeler : l’objectif prioritaire doit être celui du progrès social, et pour cela il importe d’atteindre le plein-emploi. Redisons le, il est vain de chercher ne serait-ce que le statut quo en matière sociale avec un chômage officiel de plus 8% (avant la crise), ce qui signifie un chômage réel de 12% à 14%. Il ne peut y avoir de politique sociale ambitieuse que sur la base du retour à la croissance économique, mais cette croissance sera à son tour directement influencée par son contenu social ; plus que jamais ce que nous voyons à l’œuvre c’est l’unité du social et de l’économique.

L’objectif peut donc sembler ambitieux. Il l’est si nous restons dans les cadres actuels. Pour tout dire, il devient même impossible dans le cadre du libre-échange et de l’ouverture financière. Il n’y a pas alors d’autre voie que celle du « moins disant, moins coûtant », initiée par la concurrence acharnée de tous contre tous, et qui nous conduira inéluctablement à une dégradation constante de notre cadre social. On le voit, une fois encore, avec le choix tragique auquel ont été contraints les ouvriers de Continental-France.

Toute relance de la consommation ne peut ainsi que se transformer en un facteur supplémentaire de déséquilibres extérieurs. Même un relace par l’investissement se heurtera au fait qu’aux prix actuels, et au taux de change actuel, il serait plus profitable d’investir hors de France. Il est au contraire plus que raisonnable si nous acceptons de sortir de ces mêmes cadres, dont nous avons vu qu’ils causent – rien que pour le seul libre-échange – un chômage net de près de 5% de la population active.

L’ambition est ici non pas une relance de la croissance à l’identique, mais de mettre en place un nouveau schéma de développement qui puisse assurer à la fois une forte proportion d’emplois industriels parmi les emplois créés et un faible niveau de pollution dans ces emplois industriels, soit directement (par réduction des diverses nuisances) soit indirectement (par réduction des distances parcourues en transport). L’importance de la part des emplois industriels dans le total des emplois à créer provient du fait que ces emplois sont mieux payés que les emplois de services liés aux aides à la personne. En fait, derrière cet objectif se profile un vrai choix de société.

Voulons-nous avoir une société structurée autour de la finance, du tourisme et des services à la personne ?

Ceci implique d’énormes écarts de revenus et la consolidation d’une couche minuscule de « super riches » au détriment de l’immense majorité. Ou bien, voulons-nous une société structurée autour d’un cœur industriel important mais se faisant dans des conditions renouvelées[2] ? Une telle société est le gage d’une meilleur partage de la valeur ajoutée et de la richesse nationale, et elle est porteuse à la différence de la première de plus de valeurs de solidarité et de coopération.

C’est pourquoi il faut à la fois se fixer comme objectif le plein-emploi (objectif quantitatif), le développement de techniques visant à la durabilité sociale et écologique (objectif qualitatif) et la ré-industrialisation (objectif sectoriel).

Ceci correspond à ce que devrait faire l’Europe. Le remplacement de la politique actuelle, imprégnée du dogme de la concurrence à tout prix mais aussi de celui d’une ouverture à tous vents, par une politique de croissance fondée sur le développement de services publics importants, est de l’intérêt de tous. Le développement d’une croissance « verte », soit moins gaspilleuse en énergie et moins productrice en gaz à effet de serre, passe par le développement de nouvelles infrastructures de transport. Or, aujourd’hui, le développement de telles infrastructures implique la mise en sommeil des directives européennes concernant les grandes activités en réseau. L’Europe, dans sa forme actuelle, est devenue un obstacle au progrès social, écologique et économique des pays qui la composent. Nous devons en prendre acte et en tirer les conséquences. Aujourd’hui rien n’est possible dans le cadre de l’Europe institutionnelle, ce qui ne veut pas dire que rien ne soit possible avec des pays européens, confrontés aux mêmes problèmes que nous.

Très concrètement, l’action à venir devrait alors se développer dans trois directions.

(1) D’une part des mesures de protection visant à compenser les effets du véritable « dumping social et écologique » auxquels se livrent certains pays, par l’instauration aux frontières de l’UE de taxes importantes et à l’intérieur de l’UE de montants compensatoires sociaux et écologiques. Ces taxes, en faisant monter le coût des importations, rétabliraient la compétitivité des producteurs internes. Les revenus qu’elles devraient dégager pourraient alors aller alimenter des fonds dans les pays visés par de telles taxes pour leur permettre de progresser dans les domaines sociaux et écologiques[3].

(2) D’autre part une évolution de la zone Euro qui devrait impérativement passer de la logique de la monnaie unique à celle de la monnaie commune pour respecter les différences entre les inflations structurelles des divers pays membres. Cette évolution devrait aussi s’accompagner d’une réforme importante des règles de circulation financière au sein de la zone Euro et entre celle-ci et le reste du monde. Elle devrait fonctionner comme une zone financière si ce n’est autarcique, du moins réduisant très largement la mobilité des capitaux de court et de moyen terme vers l’extérieur. Durant la phase intermédiaire où l’Euro resterait une monnaie unique, un mécanisme de financement direct d’une partie des déficits publics, par des avances au Trésor des différents pays, devrait être institué. Il est économiquement inefficace et moralement scandaleux que les banques qui prêtent à ces États puissent se financer à des taux réduits auprès de la BCE, alors que ces mêmes États sont obligés de passer par le marché.

(3) Enfin, d’un point de vue réglementaire, les directives européennes concernant la concurrence et les services publics devraient être réécrites afin de faciliter la mise en place d’une politique industrielle et des infrastructures (énergie, transport, communication) dans les pays de la zone Euro. Ces mesures devraient d’ailleurs s’accompagner de la création d’un pôle public du crédit, qui pourrait être mis sur pied par voie réglementaire, et qui viserait à assurer le financement des activités des PME et PMI en assurant la transformation de l’épargne. Pour fonctionner, ce pôle public implique que l’on mette des obstacles importants à la concurrence entre banques, sinon il connaîtra les mêmes dérives que d’autres. C’est pourquoi nous rangeons cette mesure avec celles qui aboutissent à la suspension de certaines directives européennes, car il est très clair qu’il faudra, en ce domaine aussi, prendre des libertés avec les principes de la « concurrence libre et non faussée » qui règnent sur l’Europe

La mise en place de ces trois corps de mesures permettrait une politique de relance au niveau de la zone Euro, sans que l’on ait à craindre de voir les effets de cette politique se perdre dans des déficits extérieurs et être étouffés par le poids apparent des dettes publiques, dont le coût en termes de taux d’intérêt baisserait de manière considérable dans plusieurs pays. Ceci éviterait la crise de la dette que nous allons connaître sous peu. Nous aurions aussi une baisse du taux de change de l’Euro, ce qui le ramènerait à un niveau compatible avec les nécessités de la croissance, soit à 0,9 ou 1 Dollar.

L’on dira alors qu’une telle politique est impossible car elle impliquerait un niveau d’homogénéité politique entre les pays de l’Union européenne et de la zone Euro qu’il est impossible d’atteindre, même en rêve. On est tout prêt à en convenir. On ne saurait atteindre une telle politique dans l’immédiat, et ce n’est pas par la concertation que l’on pourrait y aboutir pour l’ensemble de nos partenaires. Mais, ce qui est impossible à 27 peut le devenir sur un groupe plus réduit de pays, à la condition que ces derniers soient convaincus de la détermination de la France. Il nous faut ici affirmer que si cette solution pleinement concertée représente, et de loin, la meilleure des solutions, la poursuite de la situation actuelle représente, elle, la pire des solutions. Il faut apprendre à rompre avec la pratique qui consiste à parler sans agir pour commencer par agir, puis parler.

Des vertus de l’exemplarité.

On dira qu’il s’agit d’un éloge de l’unilatéralisme. En réalité, c’est tout le contraire dont il s’agit. On prône ici les vertus de l’action unilatérale pour faire déboucher des actions multilatérales. Ainsi, il faut admettre les vertus de l’exemplarité.

Les réformes qui nous conduiraient vers cette mis en parenthèse partielle vis-à-vis de la globalisation seraient en effet d’autant plus efficaces si elles étaient partagées par un groupe de pays. La question alors se pose de savoir si ce groupe de pays pourrait être l’Europe, et sinon qui pourrait en faire partie.

L’Europe telle qu’elle existe de manière institutionnelle, soit l’UE-27, ne remplit aucune des conditions pour une rupture avec la globalisation. Elle est trop engagée dans ce processus pour que l’on espère pouvoir attirer vers les positions que l’on a présenté les 26 autres pays. Les directives de Bruxelles en ont été les vecteurs.

Mais, d’un autre côté, elle est aussi trop étroite et trop limitée. Il faut regarder une carte pour comprendre ce que l’Europe réelle signifie.

En fait, le projet que l’on a dessiné s’adresse aussi à des pays qui sont hors de l’UE, mais qui ne sont pas nécessairement hors de l’Europe, entendue cette fois dans le sens géographique. La Russie pourrait est ainsi concernée au premier chef. Ce projet en effet concerne tous les pays qui seraient prêts à reconfigurer l’Europe.

Le choix présenté, soit poursuivre dans la voie actuelle de l’Europe avec son cortège de faible croissance et de soumission à la globalisation, soit entamer un nouveau cours donnant la priorité à la croissance la plus forte possible, au plein-emploi et à l’émergence d’un nouveau projet social, provoquera une cassure décisive au sein de nos partenaires. Mais encore faut-il que ce choix ne soit pas virtuel. C’est par la concrétisation unilatérale des premières mesures de ce choix que nous pourrons voir quels sont les pays qui sont réellement prêts à nous suivre.

On dira que ceci nous mettrait au ban de l’Union Européenne dont nous ne respecterions plus la lettre des traités. Notons ici qu’un simple artifice permettrait de lever cette hypothèque. Les directives les plus nocives ne seraient pas abolies mais simplement suspendues jusqu’à nouvelles discussions. Notons encore qu’il y a peu à craindre de Bruxelles. Les procédures y sont longues. De plus en cas de sanctions financières, il suffit de décider de prélever sur le montant de notre contribution au budget de l’UE la somme de l’amende. Nous n’avons pas à avoir peur d’un conflit pour ce genre de raison. Il faut regarder plus loin. Le vrai problème est celui de la légitimité. Or, sur ce point, un précédent nous donne raison.

Il faut ainsi savoir que la supériorité des règles et lois nationales sur les directives européennes a été affirmée, une nouvelle fois, en Allemagne lors d’un arrêt de la Cours Constitutionnel de Karlsruhe. Cet arrêt du 30 juin 2009 stipule en effet qu’en raisons des limites du processus démocratique en Europe, seuls les États Nations sont dépositaires de la légitimité démocratique[4].

En décidant de suspendre temporairement l’application de certaines des directives européennes, nous serions ainsi dans notre droit. C’est l’Union Européenne qui serait sommée soit de les réécrire, et de rouvrir le débat sur la globalisation financière et la globalisation marchande, soit d’entrer dans un processus d’explosion. Certaines des mesures que l’on a proposées auraient de tels effets sur nos voisins qu’il leur faudrait les imiter au plus vite ou accepter de voire leur propre situation se dégrader.

La politique que nous préconisons loin de nous isoler susciterait l’imitation, et à partir de là ouvrir la voie à de nouvelles coordinations. Mais, il est effectivement probable – et il faut le reconnaître et l’assumer – qu’elle signifierait la mort de l’Europe telle que nous la connaissons, et par là la naissance de nouvelles alliances.

Comment pourrait-on alors procéder ? On oublie trop souvent la présence au sein de la Constitution française d’un instrument adapté aux situations d’urgence. C’est l’article 16. Qui aujourd’hui peut contester que le fonctionnement de nos institutions (y compris sociales…) et l’indépendance de notre pays ne soient immédiatement et directement menacées ? L’usage de l’article 16 est ainsi parfaitement légitime. Les mesures concernant la mise en œuvre sont des « actes de gouvernement » que le Conseil d’État n’a pas à juger[5].

Prenons alors le cas de l’Euro. Il n’est nullement besoin de sortir immédiatement de la zone Euro. Au contraire, il serait plus intéressant de chercher à la faire évoluer dans le sens d’une zone de coordination des politiques monétaires autour d’une monnaie commune venant s’ajouter aux monnaies nationales. Dans le cadre de l’Article 16, le gouvernement peut alors requérir de la Banque de France qu’elle opère des avances de trésorerie libellées en Euro pour couvrir une partie de la dette publique qui serait ainsi rachetée par échange de bons du Trésor. Non seulement nous ferions baisser le poids des intérêts (2,5% du PIB), mais nous nous libérerions de la pression exercée par les agences de notation. Il ne faut pas avoir de craintes pour le financement ultérieur de la dette, car notre taux d’épargne y suffit amplement, surtout si nous prenons les mesures qui s’imposent pour que cette épargne n’aille pas se perdre dans des spéculations étrangères. Avec le retour à un contrôle des capitaux, nous retrouverions la maîtrise de nos taux d’intérêts.

Bien sur, il nous faut s’attendre à des protestation indignées du gouvernement allemand. Mais, quelles en sont ses possibilités d’actions ? Soit c’est l’Allemagne qui décide de sortir de la zone Euro avec certains de ses voisins immédiats (Pays-Bas, Autriche, etc…), et elle se tirera alors une magnifique balle dans le pied quant on connaît la structure de son commerce. En effet, le retour au Mark s’accompagnerait d’une hausse brutale du taux de change (et donc d’une dévaluation en notre faveur). Soit elle accepte de négocier une évolution graduelle de la zone Euro vers le principe d’une monnaie commune, mais avec des garanties contre des dévaluations trop brutales de notre part. Dans un cas comme dans l’autre, nous sommes gagnants. Nous le sommes plus dans la seconde de ces hypothèses, qui correspond à une issue concertée à cette crise, mais nous le sommes aussi dans la première de ces hypothèses.

On pourrait répéter l’exercice sur l’ensemble des points ici évoqués. Les avantages que nous retirerions d’une telle politique seraient tels qu’ils inciteraient immédiatement d’autres pays à nous imiter. Dès lors pourraient s’ouvrir des négociations soit pour réviser les Traités Européens soit pour les réécrire sur la base d’un nouveau noyau de pays, et en y associant de nouveaux partenaires.

Le scénario que l’on décrit ici n’est donc pas celui d’un « splendide isolement » de la France mais d’une rupture rebattant les cartes et mettant nos partenaires au pied du mur. C’est un scénario d’initiative décisive. Nous aurions enfin la possibilité de remettre la construction européenne sur ses rails, et de lui faire emprunter la voie dont elle n’aurait jamais du se départir de recherche du plein-emploi et du progrès social.

Aujourd’hui, et plus que jamais, la parole ne doit pas être aux apôtres du renoncement, à tous ceux qui se situent dans la filiation historique et morale de cette capitulation de fait que fut l’Armistice de 1940. Nous devons nous inspirer des préceptes que Danton fit un jour retentir : « de l’audace, encore de l’audace, toujours de l’audace ».


[1] J. Sapir, « La Crise de l’Euro : erreurs et impasses de l’Européisme » in Perspectives Républicaines, n°2, juin 2006, pp. 69-84.

[2] Il convient ici de rappeler que les innovations ne se font pas seulement, ni prioritairement, autour de nouveaux produits mais aussi et surtout dans la manière de produire des produits plus anciens et traditionnels.

[3] C’est le principe du « protectionnisme altruiste » défendu entre autres par Bernard Cassen.

[4] Voir H. Haenel, « Rapport d’Information » n° 119, Sénat, Session Ordinaire 2009-2010, Paris, 2009.

[5] Arrêt Rubin de Serven du 2 mars 1962.


La charge de la dette nourrit la dette

25/08/2010


Explications préalables

Il y a quelques années j’avais demandé à l’INSEE de me fournir le montant exact et précis des intérêts payés chaque année au titre de la dette « au sens de Maastricht » pour l’ensemble des Administrations Publiques  (les « APu » dans le jargon administratif)… Leur réponse négative m’avait poussé à  « reconstruire » ces montants à partir des taux d’intérêts moyens fournis par la Banque de France, et c’est cette reconstruction qui a été à la base des différents calculs que les lecteurs peuvent trouver ici ou là dans les articles ou les livres (1) que j’ai publié sur la question.

La sortie récente du « RAPPORT SUR LA SITUATION DES FINANCES PUBLIQUES » de Paul CHAMPSAUR et Jean-Philippe COTIS (2),m’avait donné espoir que ces données étaient maintenant disponibles…

J’ai donc demandé à nouveau à l’INSEE de me fournir ces informations. Malheureusement, voici leur réponse (tout à fait incroyable alors qu’on nous sature partout avec le problème du poids de la dette) : «L’information recherchée (charge de la dette) ne correspond pas à un agrégat de la comptabilité nationale et ne figure donc pas dans les résultats publiés »Pour l’analyse ci dessous j’ai donc estimé que je pouvais faire confiance à ce rapport cité qui, dans le graphique N°5 (courbe rouge), nous indique la charge de la dette en part de PIB.

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(1) Il s’agit de « La dette publique, une affaire rentable » (ed Yves Michel), « Les 10 plus gros mensonges sur l’économie » (nouvelle édition 2010, ed Dangles, et le dernier paru «Argent, dettes et banques» (ed Yves Michel)

(2) http://lesrapports.ladocumentationfrancaise.fr/cgi-bin/brp/telestats.cgi?brp_ref=104000234&brp_file=0000.pdf

Méthodologie

J’ai donc agrandi ce graphique, ce qui m’a permis de déterminer avec une précision suffisante les valeurs annuelles en pourcentage (valeurs que vous retrouvez dans la 5° colonne du tableau).

Les résultats apparaissent dans ces deux tableaux

et

J’ai ensuite calculé la charge de la dette en euros courants (colonne 4) puis utilisé les données de l’INSEE pour obtenir les coefficients de transformation euros courants en euros constants 2009 (colonne 2)

A partir de là, le calcul des intérêts en euros constants 2009 (colonne 9), des intérêts cumulés (colonne 18), le PIB en euros 2009 (colonne 7) et la dette cumulée (donnée de l’INSEE) en euros courants (colonne 4) transformée en euros constants 2009 (colonne 8 ) et enfin en pourcentage de PIB  (colonne 13)

La variation annuelle de la dette (colonne 10) est une simple soustraction entre les données d’une année sur l’autre. La variation annuelle de la dette telle qu’elle serait « sans intérêts » apparaît donc en colonne 11; c’est augmentation d’une année sur l’autre de la colonne 8, diminué des intérêts payés (colonne 9). Le cumul de la dette sans intérêts (colonne 12) est donc la somme de la cellule de l’année précédente plus le montant de la cellule de la colonne 11.

La charge de la dette calculée sans intérêts en part de PIB (colonne 14) est le simple rapport colonne 12 par colonne 7

Les intérêts de la dette nourrissent la dette.

Nous essayons ici de déterminer les évolutions de la dette des administrations publiques au sens de Maastricht si nous n’avions pas eu à payer d’intérêts sur la dette, tous autres éléments restant constant par ailleurs (en particulier la quantité totale de monnaie en circulation dans l’économie).
Il est évident qu’il peut y avoir certaines approximation qui au final ne devraient pas dépasser 2% des montants constatés.

Constatations :

Il est intéressant de pouvoir visualiser année par année les capacités ou les besoins de financement des APu (toujours au sens de Maastricht) – avec et sans intérêts – sur ces années.

(graphique modifié le 29/11/2010 – suivant données t_3346)

Entre fin 1979 et fin 2009 (30 ans), les APu (État, Administrations diverses, et Administrations de Sécurité Sociale) ont du financer les intérêts de leur dette à hauteur de 1340 milliards d’euros, soit en moyenne 44 milliards d’euros par an (120 millions par jour).

Entre fin 1979 et fin 2009 la dette avec intérêts a augmenté de 1250 milliards d’euros.

Malgré une année 2009 catastrophique en terme d’endettement (comme le seront également sans doute 2010 et 2011), la dette, calculée sans intérêts, aurait néanmoins diminué de 76 milliards d’euros entre fin 1979 et 2009 , et 215 milliards d’euros si on se réfère à fin 2007.

On peut montrer sous forme d’un graphique en valeur et en parts de PIB l’évolution de la dette publique constatée et ce qu’elle serait devenue dans un système monétaire où la Banque de France aurait pu «monétiser» directement (sans devoir passer par l’intermédiaire des banques commerciales pour ce faire) les besoins de financement de l’État et des administrations publiques. Cette monétisation est par définition sans intérêts puisque la Banque de France est une entreprise nationalisée depuis le 1 er janvier 1946

 

Le simple graphique en pourcentage de PIB est peut être plus parlant encore


La justification des promoteurs (dont le seul survivant est Valéry Giscard d’Estaing) de l’article 25 de la loi de 1973 qui interdit à l’État de présenter ses propres effets à l’escompte de la Banque de France fut la suivante : «empêcher l’État d’utiliser la ‘planche à billet’ et par voie de conséquence de limiter l’inflation». Las, l’inflation fut très largement supérieure les 10 ans de 1973 à 1982, par rapport aux 10 ans qui précédèrent cette date, de 1962 à 1972 : 11,2% en moyenne au lieu de 4,4%,

De plus, si la mesure avait été efficace, nous n’aurions évidemment pas de dette et ceux qui peuvent soutenir que la dette – à notre propre Banque Centrale – aurait été plus élevée si nous n’avions pas eu cette obligation de payer des intérêts aux détenteurs de monnaie n’ont évidemment aucun argument justificatif sérieux à faire valoir. La dette a bien évidemment été payée par une augmentation de la masse monétaire dans les mains des épargnants.

Il n’y a aucun doute que les intérêts payés sont la cause de l’augmentation de la dette et du niveau atteint actuellement, et s’il n’y avait pas eu d’intérêts à payer la dette publique aurait représenté fin 2009 quasiment la moitié du pourcentage en part de PIB qu’en 1979, après une dette quasi nulle en 2007.

Nous pouvons donc affirmer que c’est bien globalement le service de la dette qui a nourrit l’augmentation de celle-ci au long de ces 30 dernières années.

A l’heure où le gouvernement veut à tout prix faire des économies, économies qui de toute façon impacteront le pouvoir d’achat de ceux envers qui elles s’appliquent, la première des économies serait de monétiser au minimum les intérêts de la dette publique, évitant ainsi à celle-ci de croître et d’imposer, par son effet boule de neige, encore plus d’emprunts ou de sacrifices à la population dans les années futures.

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Ajout

En prenant comme hypothèses une dette de 1600 milliards d’euros fin 2010, un taux moyen de 3%, une inflation de 2% et une décision de monétisation directe par la Banque de France de 100 milliards d’euros par an , dont l’utilisation est répartie entre le paiement des intérêts (en priorité) et le remboursement de l’existant (pour le solde), en 17 ans la dette serait totalement remboursée, sans léser aucun des détenteurs.


Un indicateur fallacieux

14/07/2010

Puisqu’il est sous licence licence GNU GPLv3, je voudrais vous faire partager ici, intégralement, cette  excellente analyse de Michel Volle, dont vous trouverez l’original sur ce lien
http://michelvolle.blogspot.com/2010/05/un-indicateur-fallacieux.html

( Ce texte fait partie de la série Le chemin vers l’abîme.)

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On dit « la dette de la Grèce » (ou « de l’Espagne », « de la France » etc.) alors que l’on parle de la dette de l’État grec, espagnol, français. Or l’endettement d’un État et celui d’un pays sont deux choses complètement différentes.

On évalue en outre le niveau d’endettement d’un État par le ratio « dette brute / PIB », choisi lors des accords de Maastricht. Ce ratio est une chimère, un monstre conceptuel car il compare un stock d’un acteur (le niveau de la dette brute d’un État) à un flux d’un autre acteur (la production annuelle d’un pays, mesurée par le PIB). Nous avions pourtant appris à l’école primaire que toute proportion doit porter sur des choses de nature comparable (« il ne faut pas diviser des poireaux par des navets », disaient nos instituteurs). On s’étonne de voir tant d’économistes disserter doctement sur cet indicateur alors qu’il ne peut qu’égarer leur jugement.

La « dette brute » d’un acteur économique est d’ailleurs moins significative que sa dette nette, écart entre la valeur de ses dettes et celle des créances qu’il détient sur d’autres acteurs.

Entre parenthèses, il n’y a rien de mal à s’endetter : tout acteur productif (l’État lui-même produit des services), dont l’action suppose anticipation et investissement, s’endette et détient des créances sur d’autres acteurs. La théorie définit un niveau optimal d’endettement, mais comme la situation réelle n’est jamais celle que la théorie suppose le critère essentiel est celui de la crédibilité : un acteur sera crédible si ses créanciers, confiants en sa capacité à rembourser, sont disposés à renouveler leur prêt sans exiger une prime de risque plus élevée.

Le ratio qui permet d’évaluer la crédibilité d’un acteur est « dette nette / valeur des actifs » car celui qui possède un actif important pourra, s’il le faut, vendre pour rembourser. Si l’on est prudent, on calculera ce ratio en pondérant les dettes selon leur exigibilité, les créances et les actifs selon leur liquidité.

La comptabilité nationale ne publie pas un tel ratio : il faudrait fouiller dans les comptes pour trouver les données nécessaires à son calcul et ni le citoyen, ni même l’économiste spécialisé ne possèdent la technicité requise – d’ailleurs certaines données essentielles manquent : comment évaluer cette composante de l’actif d’un État qu’est sa capacité à lever de nouveaux impôts ?

* *

Ce qui importe cependant, c’est moins la crédibilité d’un État que celle du pays qui, outre l’État, comprend des entreprises et des ménages : un État pourra en effet, s’il y est contraint, ponctionner les autres acteurs du pays – opération pénible et délicate au plan politique, mais possible.

Dans la dette nette d’un pays les dettes internes s’annulent, puisqu’à une dette d’un acteur correspond une créance d’un autre : seules comptent les dettes et créances avec d’autres pays. Le ratio qui convient pour évaluer la crédibilité d’un pays est donc « dette nette du pays envers l’étranger, tous acteurs confondus / valeur des actifs du pays », en appliquant éventuellement les mêmes règles de prudence que ci-dessus.

Les comptes nationaux fournissent un indicateur de la dette nette : la balance des paiements courants, solde des intérêts payés et reçus par le pays, est grossièrement proportionnelle à l’endettement net. Comme il n’est pas facile d’évaluer la valeur des actifs d’un pays on peut la supposer proportionnelle au PIB : cela revient à supposer (autre approximation grossière !) que la valeur de la production annuelle d’un pays est une fraction constante de la valeur de son capital.

Le ratio « balance des paiements courants / PIB », même grossier, est plus consistant que la chimère « dette nette de l’Etat / PIB » car il divise un flux par un autre flux et les deux flux sont relatifs au même acteur.

En décembre 2009 l’OCDE prévoyait pour 2010 un surplus des paiements courants de 5,4% du PIB pour la Chine, 4,5% pour l’Allemagne, 2,8% pour le Japon, et un déficit de 2,1% pour la France, 2,3% pour l’Italie, 2,4% pour le Royaume-Uni, 3,4% pour les Etats-Unis et le Canada. A l’aune de cet indicateur, qui est « puissant » et qui est « faible » ? (voir Christian Sautter, « Oh ! La vilaine dette publique ! », Lettre à nos amis, n° 407, 5 mars 2010).

On trouve des ratios plus élevés si l’on considère des pays plus petits : surplus de 18,6 % pour la Norvège grâce au gaz, 10,2 % pour la Suisse, 8,2 % pour la Suède et les Pays-Bas, déficit de 10 % pour la Grèce (avant son plan d’austérité), 11 % pour le Portugal.

Au Japon, le ratio « dette brute de l’État / PIB » est de 225 % : c’est très supérieur aux 80 % de la France et aux 60 % du plafond théorique de la zone Euro, mais ce n’est pas inquiétant parce que 94 % de la dette de l’État japonais sont financés par l’épargne des Japonais, créanciers fidèles et peu sensibles à ce que disent les agences de notation – d’ailleurs, nous l’avons vu, la balance des paiements courants du Japon est positive.

A tout bon indicateur on peut associer une limite à partir de laquelle un signal d’alarme s’allume. L’exemple du Japon illustre le fait qu’il est impossible de définir une telle limite pour le ratio « dette brute de l’État / PIB » : cette chimère n’apporte donc aucune information, elle n’a en définitive aucun sens. Mais elle a des conséquences.


Editorial 1er Juillet « Chômage et monnaie »

03/07/2010

Editorial : 2012, remettre en cause le libre-échange

1 juillet 2010 par Gabriel Galand

L’année 2012 sera l’occasion pour les français de faire des choix, compte tenu des événements que nous avons traversés. Du moins nous l’espérons, si le débat n’est pas de nouveau confisqué au profit de questions subalternes, comme cela est déjà arrivé dans toutes les élections passées depuis le début de la mondialisation.

Nous voudrions être très concret et dégager la ou les lignes de conduite réellement possibles pour un gouvernement français qui voudrait ramener la croissance et le plein emploi, compte tenu de la situation européenne et mondiale, et des contraintes qui en résultent. Notre conclusion sera qu’il faut absolument remettre en cause le libre-échange, sinon c’est l’impasse.

Il est abondamment développé aujourd’hui(1) , et accepté par les économistes de bonne foi, que les déséquilibres qui ont mené à la crise de 2008 sont dus à l’endettement inconsidéré des ménages de certains pays, lui-même causé par la stagnation des revenus du travail. Ces revenus ont été mis sous pression par la concurrence des pays à bas salaires(2) , à la fois par le prix trop bas des produits fabriqués dans ces pays et par le chômage généré par les délocalisations directes, ou par le déplacement des investissements vers les mêmes pays. Cette situation a aussi entraîné que les liquidités générées par les banques centrales dans le but de relancer l’économie réelle se sont dirigées vers la spéculation financière, rejoignant ainsi par le côté des créanciers la mécanique infernale de l’endettement généralisé.

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