La liquidité mondiale de plus en plus inutile

NATIXIS RECHERCHE ECONOMIQUE

Rédacteur :

Patrick ARTUS

19 octobre 2009 N° 464

Flash 2009 –464- 2
( http://cib.natixis.com/flushdoc.aspx?id=49140 )

La crise de 2007-2009 résulte de l’éclatement de la bulle immobilière qui était issue de l’excès de liquidité et en conséquence de crédit. Mais au moins, cet excès d’endettement immobilier avait-il permis de générer un effet de richesse favorable à la croissance et d’accroître la proportion de ménages propriétaires. Aujourd’hui, la croissance de la liquidité est encore plus forte, à la fois avec les politiques monétaires dans les pays de l’OCDE et l’accroissement des réserves de change, et l’usage de la liquidité est beaucoup plus inutile :

– transferts de capitaux vers les pays émergents, d’où l’appréciation rapide de leurs devises qui vont affecter leur crédibilité

-hausses des prix des matières premières, qui réduisent la croissance.

L’absence de contrôle de la liquidité mondiale par les Banques Centrales, le FMI, le G20…, devient de plus en plus irresponsable.

A partir du début des années 2000, après la récession due à la chute des cours boursiers , la liquidité mondiale est devenue extrêmement abondante avec :

(1) Le maintien durable de taux d’intérêt bas dans les pays de l’OCDE visant à pérenniser la reprise économique . Il est remarquable d’observer que, malgré la très forte progression du crédit au secteur privé (sauf au Japon bien sûr), de 2003 à 2007 les Banques Centrales des pays de l’OCDE ont maintenu des taux d’intérêt à court terme inférieurs aux taux de croissance

(2) L’accumulation très rapide de réserves de change dans les pays émergents et exportateurs de matières premières dont l’objet est la stabilisation du taux de change du dollar malgré, avant la crise de l’été 2007, les déficits extérieurs des Etats-Unis

Ces politiques monétaires très expansionnistes ont permis une très forte croissance (aux Etats-Unis, en Europe en dehors de l’Allemagne) des crédits immobiliers, de l’endettement des ménages et des prix de l’immobilier jusqu’en 2007.

La crise résulte :

de la perte de solvabilité des ménages emprunteurs lorsque les prix de l’immobilier reculent avec l’explosion de la bulle ;

de la chute des prix des actifs liés aux crédits immobiliers (RMBS, covered bonds).

Il en suit, à partir de 2007 :

les pertes des banques  ;

et en conséquence, le freinage violent du crédit bancaire , donc de la demande intérieure

La croissance de la liquidité mondiale est encore plus rapide depuis la crise qu’avant la crise , pour des raisons identiques à celles qui provoquaient la croissance de la liquidité avant la crise, mais encore plus violents :

politiques monétaires très expansionnistes dans les pays de l’OCDE avec le recul de l’activité et la montée du chômage ;

accumulation très rapide de réserves de change dans les pays émergents (graphique 5a), le dollar menaçant de se déprécier malgré la réduction du déficit extérieur des Etats-Unis dû à la remontée de l’épargne des ménages américains, mais en raison de l’importance des sorties de capitaux des Etats-Unis vers les pays émergents, le dollar devenant la monnaie dans laquelle se financent les positions de carry-trade .

Les déséquilibres globaux sont donc encore plus importants qu’avant la crise mais résultent davantage des déséquilibres des balances des capitaux que des déséquilibres des balances commerciales comme avant la crise.

Comme on l’a vu plus, l’excès de liquidité avant la crise a conduit à la bulle immobilière et à la crise. Mais au moins avait-il eu à court terme des effets favorables :

enrichissement des ménages (graphique 12a) stimulant le crédit donc la demande des ménages ;

hausse de la proportion de ménages propriétaires de leurs logements

Aujourd’hui, la liquidité est encore plus abondante qu’avant la crise, mais à quoi sert-elle ?

(1) A transférer des capitaux dans les pays émergents à partir de l’endettement en dollars.
Il en résulte la
hausse forte, à nouveau depuis le deuxième trimestre 2009, des cours boursiers dans les pays émergents et l’appréciation à nouveau très rapide des devises des émergents . Ces évolutions n’ont aucun effet favorable sur les économies, au contraire puisqu’elles réduisent la compétitivité des pays émergents.

(2) A faire monter les prix des matières premières , ce qui réduit la richesse dans les pays de l’OCDE (à la différence de la hausse des prix de l’immobilier) donc y réduit la demande.

Synthèse :

L’excès de liquidité mondiale est chronique, depuis le milieu des années 1990, avec les politiques monétaires expansionnistes dans les pays de l’OCDE et l’accumulation de réserves de change dans les pays émergents, afin de stabiliser le dollar.

De 2003 à 2007, il a provoqué la bulle immobilière et l’excès d’endettement des ménages, qui déclenchent la crise ; mais au moins, à cette époque, la liquidité avait quelques effets favorables : enrichissement (même fictif), hausse de la proportion de ménages propriétaires.

Aujourd’hui, la liquidité mondiale croît encore plus vite qu’avant la crise et elle n’a que des effets destructeurs : appréciation très rapide des monnaies des pays émergents, hausse des prix des matières premières. Que les Banques Centrales, les gouvernements, le FMI, le G20 s’occupent de sujets secondaires (les bonus des traders) et pas du contrôle de la liquidité mondiale est scandaleux.

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